Et si une prise de sang permettait un jour de savoir non seulement si une personne développera un jour la maladie d’Alzheimer, mais aussi à quel moment les premiers symptômes pourraient apparaître ?
C’est ce que propose une nouvelle étude internationale publiée dans Nature Medicine, à laquelle a notamment participé le Pr Eric McDade, membre du Conseil scientifique international de la Fondation Alzheimer. Les chercheurs ont mis au point un modèle mathématique fondé sur un biomarqueur sanguin capable d’estimer le “temps restant” avant l’apparition des troubles cognitifs.

/ Une protéine clé : la tau pathologique
Dans la maladie d’Alzheimer, deux types de lésions s’accumulent progressivement dans le cerveau :
- les plaques amyloïdes, issues de l’accumulation pathologique de la protéine amyloïde
- les enchevêtrements de protéines tau
La protéine tau se modifie chimiquement, puis s’accumule à l’intérieur des neurones. Ces altérations commencent des années, voire des décennies, avant les premiers troubles de mémoire. Les chercheurs se sont intéressés à une forme particulière de cette protéine : la p-tau217, détectable dans le sang.
/ Une “horloge biologique” de la maladie
Les scientifiques ont analysé les données de plus de 600 personnes suivies sur plusieurs années. Ils ont observé que :
- le taux de protéines p-tau217 dans le sang augmente progressivement au cours du temps
- cette progression suit une trajectoire relativement similaire d’une personne à l’autre
À partir de ces données, ils ont construit un modèle mathématique capable d’estimer :
- l’âge auquel la protéine tau devient pathologique
- le délai probable avant l’apparition des symptômes
Selon les analyses statistiques, la marge d’erreur serait d’environ 3 à 4 ans.
/ L’âge change la vitesse d’évolution
Un résultat particulièrement intéressant concerne le rôle de l’âge.
L’étude montre que :
- lorsqu’une personne présente une positivité du biomarqueur vers 60 ans, c’est-à-dire lorsque la protéine p-tau217 est détectée, les symptômes peuvent apparaître environ 15 à 20 ans plus tard
- lorsque cette positivité survient vers l’âge de 80 ans, l’intervalle avant les symptômes est plus court.
Autrement dit, plus la pathologie liée à la présence de tau débute tard, plus la phase avant l’apparition des symptômes semble se raccourcir. Ce phénomène pourrait s’expliquer par l’effet combiné du vieillissement cérébral et d’autres pathologies associées.
/ Pourquoi cette découverte est importante
Aujourd’hui, les traitements disponibles contre la maladie d’Alzheimer ont une efficacité modeste et s’adressent surtout aux stades précoces. L’un des grands enjeux est donc d’intervenir encore plus tôt, avant l’apparition des symptômes. Un outil capable d’estimer le moment probable de leur apparition pourrait aider à:
- mieux sélectionner les participants aux essais cliniques
- tester des stratégies de prévention
- réduire la durée et le coût des études
- améliorer la précision des recherches thérapeutiques
/ Peut-on déjà faire ce test ?
Non, cela n’est pas possible. Les auteurs de cette étude le précise : ce test n’est pas destiné à être utilisé en population générale pour le moment. Plusieurs limites existent :
- la marge d’erreur reste de quelques années
- les résultats doivent être confirmés dans d’autres populations
- nous ne disposons pas encore de traitements préventifs pleinement efficaces à proposer en cas de retour positif
Pour ces raisons, les chercheurs ne recommandent pas aux personnes sans symptômes de réaliser ce type de test en dehors d’un cadre de recherche.
/ Ce qu’il faut retenir
- Une prise de sang mesurant la protéine p-tau217 pourrait permettre d’estimer le moment d’apparition des symptômes d’Alzheimer.
- Le modèle présente une précision d’environ 3 à 4 ans.
- L’âge influence la vitesse d’évolution vers les troubles cognitifs.
- Cette avancée pourrait transformer la recherche clinique et la prévention.
- Le test n’est pas encore utilisable en pratique courante.
/ Une avancée pour la recherche sur la prévention
Cette étude montre l’évolution majeure du champ de la recherche : nous ne cherchons plus seulement à diagnostiquer la maladie d’Alzheimer, mais à anticiper son évolution. Mieux comprendre le “temps biologique” de la maladie pourrait ouvrir la voie à une prévention plus ciblée et plus efficace.
La Fondation Alzheimer continue de soutenir activement les recherches innovantes qui visent à intervenir toujours plus tôt, pour donner un futur à notre mémoire.

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