Comment mieux comprendre les mécanismes de la maladie d’Alzheimer et, plus largement, les troubles cognitifs ?
Cette semaine, plusieurs études scientifiques apportent de nouveaux éléments de réponse. Elles s’intéressent à la fois aux biomarqueurs et aux facteurs génétiques de la maladie d’Alzheimer, au fonctionnement des réseaux de mémoire dans le cerveau, mais aussi aux troubles cognitifs persistants observés dans le Covid long.
/ Les actualités de la semaine
1. Risque génétique et biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer
Une nouvelle publication scientifique s’intéresse à la maladie d’Alzheimer et à ses biomarqueurs, c’est-à-dire des indicateurs biologiques mesurables, qui permettent d’identifier les mécanismes moléculaires associés à la maladie. Les chercheurs se concentrent sur trois marqueurs présents dans le liquide céphalo-rachidien : l’amyloïde, la protéineÉlément biologique composée de petites molécules, appelées acides aminés, présent dans les cellules de tous les êtres vivants et dont le rôle… tau totale et la protéine tau pathologique.
Les biomarqueurs sont aujourd’hui essentiels pour mieux comprendre la maladie d’Alzheimer, car ils apportent des informations complémentaires au diagnostic clinique.
L’étude repose sur une analyse génétique à grande échelle menée sur près de 19 000 personnes d’origine européenne. Elle met en évidence 12 régions du génome associées à ces biomarqueurs, dont 8 qui n’avaient encore jamais été identifiées. Les chercheurs confirment également des liens déjà connus avec certains gènes associés au risque de développer la maladie d’Alzheimer, comme l’ApoE, et identifient de nouveaux gènes (exemple : BIN1 et amyloïde), notamment en lien avec les protéines tauProtéine située à l’intérieur des neurones et qui permet de maintenir, de stabiliser le squelette de celui-ci. (exemple : GNA12).
Les variations génétiques identifiées sont associées non seulement au risque de développer la maladie, ainsi qu’à certains aspects de son évolution. Les gènes concernés jouent un rôle dans le métabolisme des lipides et dans des processus cellulaires essentiels comme l’autophagie, c’est-à-dire le recyclage des composants cellulaires. Ils semblent également influencer la régulation du volume du cerveau.
Dans l’ensemble, ces résultats permettent de mieux comprendre les mécanismes biologiques de la maladie d’Alzheimer et pourraient contribuer à améliorer son diagnostic et son traitement.
Parce que ces découvertes sont essentielles, la Fondation s’est engagée dans le domaine, en soutenant les Dr. Céline Bellenguez, Jocelyn Laporte, Jean-Charles Lambert.
2. Troubles cognitifs persistants dans le Covid long
Des équipes de recherche en Italie s’intéressent aux troubles cognitifs chez les personnes atteintes de Covid long, un sujet en cours d’étude compte tenu de l’étendue mondiale de la contamination. Elles ont analysé la fréquence de ces troubles, leurs facteurs de risque, ainsi que leur évolution dans le temps.
Les capacités cognitives ont été mesurées à l’aide d’un test standardisé, le Montreal Cognitive Assessment (MoCA). Un score inférieur à 24 indique une altération cognitive possible. .
Le Covid long peut affecter le cerveau et la mémoire sur le long terme.
Environ 259 jours après l’infection, 118 patients ont été évalués : le score moyen était de 25,5, mais près d’un tiers présentait des troubles cognitifs. La majorité des patients souffrait encore de symptômes persistants, notamment la fatigue, l’essoufflement et des difficultés cognitives.
Les troubles cognitifs étaient plus fréquemment observés chez les personnes plus âgées, chez les femmes et chez celles ayant été hospitalisées lors de la phase aiguë. Les patients rapportant des difficultés cognitives avaient également des scores plus faibles. En revanche, l’anxiété et la dépressionTrouble de l’humeur pouvant survenir lorsqu’une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer se rend compte de la dégradation de ses capacités intellectuelles… n’étaient pas associées à une baisse des performances cognitives.
Un suivi réalisé près de trois ans après l’infection initiale chez une partie des participants suggère une aggravation : le score cognitif moyen diminue dans ce sous-groupe, la proportion de patients en difficulté augmente et les plaintes cognitives deviennent plus fréquentes.
Ces travaux suggèrent que les troubles cognitifs liés au Covid long sont fréquents, durables et peuvent s’aggraver avec le temps. Ils mettent en évidence plusieurs facteurs de risque, notamment l’âge, la sévérité initiale de la maladie et le sexe féminin.
3. Alzheimer : comment les réseaux mémoire du cerveau se dérèglent-ils précocement ?
Une étude récente portant sur la maladie d’Alzheimer, une cause majeure de déclin cognitif, s’est intéressée plus particulièrement au dysfonctionnement des réseaux de la mémoire épisodique, un mécanisme important de la maladie.
Il s’agit de la mémoire qui permet de se souvenir des événements personnels vécus dans un contexte précis, comme un souvenir de repas, de voyage ou d’événement marquant. Elle permet de revivre mentalement des situations passées.
Dans ce contexte, des chercheurs ont analysé des données issues de l’étude DELCODE, une grande étude de recherche clinique menée en Allemagne pour mieux comprendre comment elle se développe, notamment chez les personnes à risque sans trouble déclaré. L’analyse repose sur plus de 1 000 examens d’imagerie cérébrale réalisés au fil du temps.
Les résultats suggèrent une altération progressive de l’activation et de la désactivation de ce réseau cérébral à mesure que la maladie progresse. Ces phénomènes sont associés à la présence de dépôts d’amyloïde et de protéine tau, deux marqueurs caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.
Un élément important de ces résultats est que ces anomalies apparaissent avant les premiers signes visibles de déclin cognitif. L’étude révèle également que le lien entre ces dysfonctionnements cérébraux et la baisse des capacités cognitives est en partie indépendant de la neurodégénérescence, c’est-à-dire de la perte de neurones.
Cela suggère que les troubles de la communication entre neurones jouent un rôle distinct dans l’évolution de la maladie.
Ces travaux apportent donc une meilleure compréhension des mécanismes précoces de la maladie d’Alzheimer et soulignent l’intérêt de cibler les dysfonctionnements synaptiques pour ralentir le déclin cognitif.
/ En bref : ce qu’il faut retenir
1️⃣ Les biomarqueurs et la génétique permettent d’identifier de nouvelles régions du génome associées à la maladie d’Alzheimer et d’en préciser les mécanismes biologiques.
2️⃣ Les troubles cognitifs liés au Covid long peuvent persister dans le temps et sont associés à plusieurs facteurs de risque, comme l’âge ou la sévérité de l’infection initiale.
3️⃣ Dans la maladie d’Alzheimer, des anomalies des réseaux mémoire apparaissent précocement, avant les premiers signes visibles de déclin cognitif.
/ Rendez-vous la semaine prochaine
Ces recherches permettent d’approfondir les connaissances sur les troubles cognitifs, qu’ils soient liés à la maladie d’Alzheimer ou à d’autres conditions comme le Covid long.
Elles mettent en évidence l’importance des biomarqueurs, de la génétique et du fonctionnement des réseaux cérébraux pour mieux comprendre l’apparition et l’évolution de ces troubles.
Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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