Dans ce nouvel épisode de Minute Cerveau & Recherche, nous vous proposons de découvrir trois études scientifiques récentes qui ouvrent de nouvelles pistes pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer.
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1. Les larmes : une approche non invasive pour détecter la maladie d’Alzheimer
La maladie d’Alzheimer se caractérise par l’accumulation anormale de protéine, notamment les protéines amyloïdes et tau, dans le cerveau. Cette accumulation entraîne progressivement la dégénérescence des neurones et une diminution du volume cérébral.
Aujourd’hui, certains biomarqueurs présents dans le liquide céphalorachidien ou dans le sang permettent d’améliorer le diagnostic précoce de la maladie. Cependant, ces méthodes peuvent être invasives, coûteuses ou difficiles à mettre en œuvre à grande échelle
Des chercheurs s’intéressent donc à de nouvelles pistes plus simples et accessibles. Une analyse récente de la littérature scientifique et médicale explore ainsi l’utilisation des larmes comme nouvelle source potentielle de biomarqueurs pour la maladie d’Alzheimer.
Les larmes sont en effet directement liées au système nerveux central et peuvent contenir différents éléments reflétant les processus neurodégénératifs. Parmi ceux-ci figurent des protéines, des microARN (petites molécules d’ARN qui régulent l’expression des gènes) et des vésicules extracellulaires (minuscules particules libérées par les cellules qui transportent des molécules).
Le prélèvement de larmes présente plusieurs avantages : il est simple, peu coûteux et peu stressant pour les patients. Cette méthode pourrait également permettre de suivre l’évolution des biomarqueurs à différents stades de la maladie.
Les chercheurs ont notamment identifié dans les larmes de patients atteints d’Alzheimer la présence de protéines amyloïdes et tau. L’étude s’intéresse aussi aux différentes techniques de collecte (par exemple l’utilisation de micro-éponges ou micro-pipettes) ainsi qu’aux méthodes d’analyse des échantillons de larmes.
Ces approches innovantes pourraient, à terme, contribuer à un diagnostic plus précoce et plus accessible de la maladie d’Alzheimer. Toutefois, des recherches supplémentaires restent nécessaires pour harmoniser les méthodes et confirmer la validité de ces biomarqueurs sur des groupes de patients plus larges.
2. Comment l’ADN non codant influence la maladie d’Alzheimer
Nos gènes, qui servent à fabriquer les protéines de notre corps, ne représentent que 2 à 4 % de notre ADN. Le reste de notre génome présente encore des fonctions notamment de régulation de nos gènes totalement inconnues.
Environ 90 % des variants qui caractérisent notre susceptibilité génétique à la maladie d’Alzheimer, c’est-à-dire de petites différence dans le code génétique à un endroit précis du génome, se situent pour dans l’ADN non codant. Là encore leur rôle reste encore mal compris.
Même s’ils ne produisent pas de protéines, ces segments d’ADN jouent souvent un rôle important dans la régulation des gènes. Ils peuvent par exemple contrôler quand, où et à quel niveau un gène est activé dans l’organisme.
Pour mieux les comprendre leur influence, des chercheurs ont développé un modèle mathématique qui combine des informations sur la structure de l’ADN et sur la manière dont il est organisé dans les cellules. Leurs travaux ont permis d’identifier de nombreux variants génétiques associés à la maladie d’Alzheimer. Certains de ces variants agissent comme des « silencers » tandis que d’autres fonctionnent comme des « enhancers », deux mécanismes qui modulent l’activité des gènes :
- Un silencer diminue ou bloque l’activité d’un gène, ce qui réduit ou empêchent la production de protéines,
- Un enhancer augmente l’activité d’un gène, c’est-à-dire qu’il favorise sa production de protéines ou son expression.
Grâce à ce modèle, les chercheurs ont ainsi pu classer certains gènes selon leur type de régulation : seulement silencers, seulement enhancers ou les deux. Les gènes régulés par les enhancers sont principalement liés au métabolisme énergétique des cellules. Ceux régulés par les silencers sont davantage associés aux réponses immunitaires. D’autres gènes, régulés par les deux mécanismes, sont impliqués dans l’accumulation de la protéine Tau, caractéristique de la maladie d’Alzheimer.
Le modèle développé permet donc d’évaluer plus précisément l’impact de ces variants génétiques et d’améliorer la compréhension du rôle de l’ADN non codant dans le développement de la maladie d’Alzheimer.
3. Un défi grandissant de la maladie d’Alzheimer en Chine
La maladie d’Alzheimer représente un défi de santé publique de plus en plus important en Chine. On estime qu’environ 30 % des personnes sont atteintes de maladies neurocognitives dans le monde vivent dans le pays.
Avec le vieillissement rapide de la population et la baisse du taux de natalité, la pression sur la santé et les services sociaux devrait augmenter fortement dans les prochaines décennies.
Pour anticiper cette évolution, le gouvernement chinois a lancé plusieurs programmes visant à améliorer le dépistage, le diagnostic et le traitement de la maladie d’ici 2030. En parallèle, la recherche sur la maladie d’Alzheimer se développe rapidement dans le pays.
Les scientifiques travaillent notamment sur de nouveaux médicaments, mais aussi sur des approches innovantes comme certaines techniques chirurgicales ou des traitements inspirés de la médecine traditionnelle chinoise. Les chercheurs chinois s’intéressent également à l’identification de biomarqueurs précoces et des facteurs génétiques afin de mieux comprendre la maladie et de la détecter plus tôt. Environ 17 millions de personnes étaient touchées par la maladie d’Alzheimer en 2021, un chiffre qui pourrait atteindre 66 millions voire davantage d’ici 2050, en raison du vieillissement de la population.
Face à cette progression, la Chine cherche à attirer des chercheurs formés à l’étranger et investit massivement dans la recherche biomédicale. Même si les financements restent inférieurs à ceux des États-Unis, le nombre d’essais cliniques consacrés à la maladie d’Alzheimer a fortement augmenté entre 2021 et 2024.
Certaines équipes explorent également des approches chirurgicales pour améliorer le système glymphatique, un réseau impliqué dans l’élimination des déchets toxiques du cerveau, dont les protéines liées à Alzheimer. Cependant, certaines de ces interventions ont été utilisées de manière inappropriées, ce qui a conduit les autorités à interdire temporairement certaines techniques, dans l’attente de validations cliniques solides. Ces initiatives montrent que la Chine se prépare activement à à faire face au défi croissant de la maladie d’Alzheimer dans les années à venir.
/ Ce qu’il faut retenir
1️⃣ Les larmes pourraient devenir une nouvelle source de biomarqueurs pour détecter plus tôt la maladie d’Alzheimer grâce à un prélèvement simple et non invasif.
2️⃣ Une grande partie des variants génétiques liés à Alzheimer se trouvent dans l’ADN non codant, qui joue un rôle important dans la régulation de l’activité des gènes.
3️⃣ La Chine se prépare à une forte augmentation du nombre de personnes atteintes, avec des investissements croissants dans la recherche, les essais cliniques et les stratégies de prise en charge.
/ Rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode
Ces recherches témoignent du dynamisme de la recherche internationale sur la maladie d’Alzheimer. Les scientifiques poursuivent leurs travaux pour mieux comprendre les mécanismes de la maladie, développer des outils de diagnostic plus accessibles et anticiper les défis de santé publique liés à son évolution.
Chaque avancée contribue à faire progresser les connaissances et à ouvrir de nouvelles perspectives pour la recherche.
Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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