Minute Cerveau & Recherche – Episode 33

Chaque semaine, la recherche avance pour mieux comprendre la maladie d’Alzheimer et améliorer sa prise en charge.
Des données de santé à grande échelle, aux traitements innovants, en passant par de nouveaux biomarqueurs, ces travaux ouvrent des perspectives prometteuses.

Voici ce qu’il faut retenir cette semaine.

/ Les actualités de la semaine

Et si on pouvait retracer le “parcours de santé” d’une personne pour mieux comprendre Alzheimer ?

Les maladies chroniques (au long cours), comme les maladies neurocognitives ou le diabète, ne se développent pas de manière isolée : elles évoluent en interaction avec d’autres maladies, avec les comportements et les facteurs de risque de chaque individu. Cette évolution dans le temps, appelée trajectoire, reste encore mal comprise.

Les dossiers médicaux électroniques, c’est-à-dire les historiques de santé numérisés par les différents organismes de santé des patients, offrent une opportunité unique d’observer ces parcours sur le long terme. Ils permettent notamment d’identifier des signes précoces annonçant une maladie, tout en tenant compte de la complexité des situations de vie des individus.

Dans ce nouveau projet américain, les chercheurs ont rassemblé les données de près de 10 millions de patients issus de trois villes, dont environ 60 000 atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’autres maladies neurocognitives. Ces données sont reliées à des zones géographiques associées à des données sociales (revenus, accès aux soins, environnement…), afin de mieux comprendre l’influence de l’environnement sur la santé.

Les équipes de recherche ont ainsi développé un programme, appelé M3AD, qui vise à créer une plateforme dynamique permettant d’améliorer la prédiction des risques, la prise en charge des patients et l’évaluation des futurs traitements. L’objectif est de mieux comprendre la maladie d’Alzheimer en croisant données médicales et conditions de vie réel des patients.

Le donanemab est un traitement médicamenteux testé chez des personnes atteintes d’une forme précoce de la maladie d’Alzheimer. Il s’agit d’un traitement prometteur, encore en cours d’évaluation. C’est un anticorps monoclonal (comme le Lecanemab) , c’est-à-dire une molécule conçue pour reconnaître une cible précise dans le corps. Ici, il cible les plaques d’amyloïde, des dépôts anormaux présents dans le cerveau et qui perturbent les neurones. Il aide ainsi le système immunitaire du cerveau à les éliminer.

Dans l’étude cliniqueRecherche scientifique, menée chez des volontaires sains ou des malades, permettant d’obtenir plus d’informations sur une maladie, de tester l’efficacité de nouveaux… de phase 3 réalisée aux Etats-Unis, les patients ont été suivis pendant 3 ans. Certains ont reçu le traitement dès le début de l’essai (début précoce), d’autres plus tard (début retardé). L’évolution de la maladie a été mesurée avec l’échelle CDR-SB, une échelle qui évalue la mémoire et l’autonomie (un score plus élevé signifie une aggravation).

Les résultats montrent que le donanemab peut ralentir la progression de la maladie, surtout lorsqu’il est administré tôt. Les patients traités présentent une dégradation plus lente de leurs capacités cognitive et un risque réduit d’aggravation globale. La majorité d’entre eux ont aussi montré une forte réduction des plaques amyloïdesAccumulation de protéines Bêta-amyloïde dans le cerveau, qui, au lieu d’être éliminées naturellement par le corps, restent, se regroupent et forment des… dans le cerveau.

En résumé, le donanemab agit pour réduire les dépôts toxiques dans le cerveau et permet de ralentir l’évolution d’Alzheimer, en particulier lorsqu’il est utilisé précocement. Ces résultats constituent une nouvelle avancée dans la recherche.

Des équipes de recherche issues de larges collaborations internationales cherchent à identifier des biomarqueurs, c’est-à-dire des indicateurs mesurables qui reflètent l’évolution de la maladie d’Alzheimer. Ils ont étudié deux protéines synaptiques, NPTX1 et NPTXR, présentes dans le liquide céphalorachidien, le liquide entourant le cerveau et la moelle épinière.

Les protéines synaptiques sont des protéines présentes dans les synapses, ces zones de contact entre deux neurones dans le cerveau. Elles jouent un rôle clé dans la communication entre les neurones et la plasticité cérébraleCapacité du cerveau à se remettre des traumas, à s’adapter aux situations vécues par la personne et à créer de nouvelles connexions… (apprentissage, mémoire)

Lorsque ces protéines sont altérées ou diminuées, comme dans la maladie d’Alzheimer, la communication entre les neurones devient moins efficace, ce qui contribue à la perte de mémoire et de fonctions cognitivesCe sont nos capacités à interagir avec notre environnement, à mémoriser, apprendre, communiquer et effectuer n’importe quelle tâche du quotidien.. Dans l’étude réalisée, NPTX1 et NPTXR sont des marqueurs de la santé des synapses et de l’état des neurones. Plus leurs niveaux dans le liquide céphalorachidien sont bas, plus la neurodégénérescence progresse.

Dans deux groupes indépendants de patients de différentes origines (635 personnes au total), des niveaux plus faibles de ces protéines étaient fortement associés à une altération cognitive, c’est-à-dire à une perte de mémoire et des capacités intellectuelles, mais aussi à un amincissement du cortex (zone du cerveau impliquée dans la mémoire et la réflexion).

Sur le long terme, les niveaux de ces protéines synaptiques mesurés au départ permettaient de prédire une atrophie cérébraleRéduction du poids du cerveau due à la perte de neurones et au fait que le nombre de connexions entre eux diminue.… accélérée et le passage du déclin cognitif léger à la maladie d’Alzheimer. Par ailleurs, ces marqueurs se sont révélés souvent plus précis, ou complémentaires, que des biomarqueurs déjà connus comme la protéine tau « pTau181 » ou la chaîne légère de neurofilaments.

En résumé, les protéines synaptiques NPTX1 et NPTXR sont des indicateurs sensibles de la santé des synapses et de la neurodégénérescence à différents stades de la maladie. Elles pourraient permettre un suivi plus précis de la maladie et améliorer l’évaluation des traitements.

/ En bref : ce qu’il faut retenir

1️⃣ Mieux comprendre les parcours de santé pour identifier plus tôt les risques d’Alzheimer,
2️⃣ Un nouveau traitement, le donanemab, qui pourrait ralentir la progression de la maladie, surtout à un stade précoce,
3️⃣ De nouveaux biomarqueurs pour mieux suivre l’évolution de la maladie et anticiper son aggravation.

/ Rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles actualités scientifiques et médicales

Ces avancées illustrent la diversité des approches explorées aujourd’hui : mieux comprendre, mieux détecter et mieux traiter la maladie d’Alzheimer.

Si des progrès importants sont en cours, ils rappellent aussi l’importance de poursuivre les efforts de recherche pour transformer ces résultats en solutions concrètes pour les patients.

Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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