Minute Cerveau & Recherche – Episode 31

Pour ce nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche, nous avons sélectionné quatre études scientifiques récentes consacrées à la maladie d’Alzheimer et aux maladies neurocognitives. Ces travaux abordent différents aspects de la recherche actuelle, depuis les mécanismes biologiques impliqués dans l’accumulation de certaines protéines dans le cerveau jusqu’au développement de nouveaux outils de dépistage et à l’identification de pistes thérapeutiques. Ensemble, ils témoignent de la diversité des approches scientifiques mobilisées pour mieux comprendre ces maladies.

/ Les actualités de la semaine

Dans la maladie d’Alzheimer, la protéineÉlément biologique composée de petites molécules, appelées acides aminés, présent dans les cellules de tous les êtres vivants et dont le rôle… tau s’accumule dans le cerveau et dans le liquide cérébrospinal. Normalement, une partie de la protéine tauProtéine située à l’intérieur des neurones et qui permet de maintenir, de stabiliser le squelette de celui-ci. Source : Houria Aiouaz, pour la… devrait être éliminée vers le sang, mais les mécanismes responsables de ce transport restent encore mal compris. Une nouvelle étude suggère que des cellules particulières du cerveau, appelées tanycytes, pourraient jouer un rôle important dans ce processus.

Les tanycytes sont des cellules spécialisées dans l’hypothalamus, une région du cerveau impliquée dans la régulation de nombreuses fonctions de l’organisme. Plus précisément, ils sont localisés dans l’éminence médiane, une zone qui constitue l’interface entre le sang et le liquide cérébrospinalLiquide dans lequel baignent le cerveau et la moelle épinière. Comme une enveloppe, il protège des chocs qui risqueraient d’abîmer le cerveau….

Chez la souris, les chercheurs ont observé que les tanycytes captent la protéine tau présente dans le liquide cérébrospinal. Ils la transportent ensuite vers de petits vaisseaux sanguins, permettant son passage vers la circulation sanguine générale. Ce transport se fait grâce à des vésicules, de petites structures qui permettent de déplacer des molécules à l’intérieur des cellules.

Lorsque ce transport est bloqué, l’élimination de la protéine tau vers le sang apparaît moins efficace. Dans ce cas, l’accumulation de tau dans le cerveau augmente et les anomalies associées s’aggravent.

Chez les patients atteints d’Alzheimer, l’élimination de la protéine tau vers le sang est moins efficace. L’étude de cerveaux de patients décédés montre aussi que les tanycytes sont fortement altérés. En complément, l’analyse de l’activité des gènes dans ces cellules révèle des modifications importantes, notamment de ceux impliqués dans le transport par vésicules.

L’ensemble de ces résultats suggère que le dysfonctionnement des tanycytes pourrait contribuer à la mauvaise élimination de la protéine tau du cerveau vers le sang, favorisant ainsi son accumulation anormale.

Avec l’âge, il devient important d’identifier et de suivre les changements des capacités cognitives, c’est-à-dire les fonctions du cerveau impliquées dans la mémoire, l’attention ou le raisonnement. Dans une étude récente réalisée en Chine, les chercheurs ont évalué un outil utilisant le suivi des mouvements oculaires (eye-tracking) afin de repérer le déclin cognitif. Cette technique consiste à enregistrer précisément la direction et les mouvements des yeux pendant des tests réalisés sur écran.

L’étude a inclus 119 personnes âgées sans trouble cognitifDésigne un groupe de symptômes qui touchent le cerveau et qui altèrent nos capacités intellectuelles, à savoir la mémoire, le langage, l’apprentissage… et 157 patients présentant une atteinte cognitive. Tous les participants ont réalisé des tests numériques d’eye-tracking ainsi que des évaluations cognitives classiques. Une partie d’entre eux a également bénéficié d’examens biologiques et d’imagerie, notamment par PET et IRM, afin de détecter les protéines amyloïde et tau. Ces analyses incluaient également la mesure de biomarqueurs plasmatiques, c’est-à-dire des molécules présentes dans le sang pouvant indiquer des processus liés aux maladies cérébrales.

Les résultats des recherches montrent que les indicateurs issus du suivi des mouvements oculaires permettent de distinguer assez efficacement les personnes avec et sans atteinte cognitive. Leur performance est même supérieure à celle de plusieurs biomarqueurs mesurés dans le sang. Les analyses révèlent également des liens entre les mesures d’eye-tracking, les performances cognitives et certains marqueurs biologiques de la maladie, comme amyloïde et tau.

Ces résultats innovants suggèrent que l’analyse numérique des mouvements oculaires pourrait servir d’outil de dépistage du déclin cognitif chez les personnes âgées.

Le sommeil joue un rôle important dans l’élimination de certaines substances associées à la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs s’intéressent notamment au système glymphatique, un mécanisme de circulation de liquide dans le cerveau qui contribue à éliminer des déchets et certaines protéines. On pense que ce système fonctionne particulièrement bien pendant le sommeil. Des études menées chez l’animal ont montré que son dysfonctionnement peut favoriser l’apparition de lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Cependant, son rôle exact chez l’être humain restait encore incertain.

Dans cette étude, 39 participants ont pris part à un essai clinique au cours duquel chacun a connu deux situations différentes : une nuit de sommeil normal et une nuit de privation de sommeil. Les participants ont été surveillés pendant la nuit à l’aide d’un dispositif expérimental capable de mesurer certaines activités du cerveau liées au métabolisme cérébral et au fonctionnement du système glymphatique. Les scientifiques ont également mesuré dans le sang plusieurs biomarqueurs, c’est-à-dire des molécules servant d’indicateurs biologiques, associés à la maladie d’Alzheimer. Ces biomarqueurs incluent notamment les protéines amyloïde et tau, qui peuvent s’accumuler dans le cerveau au cours de cette maladie.

Les résultats montrent qu’après une nuit de sommeil normal, les concentrations matinales de ces biomarqueurs dans le sang étaient plus élevées qu’après une nuit sans sommeil. Cela suggère que, pendant le sommeil, le système glymphatique pourrait favoriser le passage de ces protéines du cerveau vers le sang. Les chercheurs ont également observé qu’un phénomène physiologique survenant pendant le sommeil, appelé diminution de la résistance du parenchyme cérébral (le tissu fonctionnel du cerveau), pourrait faciliter cette circulation de liquide et ainsi favoriser l’élimination des protéines.

Ces résultats soutiennent l’idée que certains processus actifs pendant le sommeil participent à l’élimination de protéines liées à la maladie d’Alzheimer, du cerveau vers le sang. Ils suggèrent également que le fonctionnement du système glymphatique pourrait jouer un rôle dans les mécanismes de la maladie.

Développer de nouveaux traitements pour la maladie d’Alzheimer est long et coûteux. Une stratégie consiste à réutiliser des médicaments déjà approuvés, mais initialement conçus pour d’autres maladies. Comme leur sécurité est déjà connue, cela permet d’accélérer la recherche de traitements.

Dans cette étude collaborative, les chercheurs ont analysé de grandes bases de données d’assurances de santé américaines couvrant la période 2011 à2020. Ils ont étudié deux groupes de personnes : des patients ayant un trouble cognitif léger, c’est-à-dire des difficultés de mémoire ou de pensée plus importantes que la normale mais ne correspondant pas à une maladie neurocognitive, et des personnes âgées de 70 ans ou plus.

Les équipes de recherche ont examiné des médicaments déjà testés dans des essais cliniques liés à la maladie d’Alzheimer. Ils ont utilisé une méthode appelée « émulation d’essai clinique », qui consiste à analyser des données réelles pour reproduire à l’aide de modèles mathématiques, les conditions d’un essai clinique.

Les chercheurs ont ensuite comparé les personnes en fonction des classes de médicaments prescrites. L’objectif était de voir si certains traitements étaient associés à un risque plus faible de développer la maladie d’Alzheimer. Sur l’ensemble des médicaments étudiés, seule une minorité était associée à une incidence plus faible de la maladie. Parmi eux figuraient certains antidépresseursFamille de médicaments qui agissent sur la dépression et qui permettent d’améliorer l’humeur d’un patient. Source : Houria Aiouaz, pour la Fondation Alzheimer et un médicament utilisé pour traiter l’insomnie.

Chez les personnes âgées de plus de 70 ans, un traitement utilisé contre le diabète était également associé à une incidence plus faible de maladie d’Alzheimer. Cependant, la plupart des médicaments étudiés ne montraient pas d’association claire avec une réduction du risque.

Cette recherche constitue l’une des premières analyses systématiques visant à reproduire des essais cliniques à partir de données de santé pour des médicaments déjà autorisés. Les résultats pourraient orienter de futurs essais cliniques. Ils suggèrent aussi que l’analyse de données de santé à grande échelle pourrait contribuer à accélérer la recherche de nouveaux traitements contre la maladie d’Alzheimer.

/ Ce qu’il faut retenir

1️⃣ Des cellules du cerveau appelées tanycytes pourraient jouer un rôle dans l’élimination de la protéine tau du cerveau vers le sang. Leur dysfonctionnement pourrait contribuer à son accumulation dans la maladie d’Alzheimer.

2️⃣ L’analyse des mouvements des yeux grâce à la technologie de suivi oculaire pourrait devenir un nouvel outil de dépistage du déclin cognitif chez les personnes âgées.

3️⃣ Le sommeil pourrait favoriser l’élimination de protéines associées à Alzheimer en facilitant leur passage du cerveau vers le sang grâce au système glymphatique.

4️⃣ L’analyse de grandes bases de données de santé suggère que certains médicaments déjà prescrits, notamment certains antidépresseurs ou traitements contre le diabète, pourraient être associés à un risque plus faible de développer la maladie d’Alzheimer.

/ Rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode

Ces nouvelles recherches montrent que la compréhension de la maladie d’Alzheimer progresse grâce à des approches scientifiques très diverses, allant de l’étude des mécanismes cellulaires du cerveau à l’analyse de grandes bases de données de santé. Elles mettent en évidence de nouvelles pistes pour améliorer le dépistage, mieux comprendre l’évolution de la maladie et identifier de potentielles stratégies thérapeutiques. Autant de résultats qui contribuent à faire avancer la recherche sur les maladies neurocognitives.

Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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