Pour ce 29ème épisode de la Minute Cerveau & Recherche, nous vous proposons trois études récentes qui explorent le rôle de la stimulation cognitive et des biomarqueurs sanguins dans la prévention et le diagnostic des maladies neurocognitives. Ces travaux interrogent à la fois ce que nous pouvons faire tout au long de la vie pour protéger notre cerveau et la manière dont la recherche améliore la précision du diagnostic.
/ Les actualités de la semaine
1. Entraînement cognitif et prévention Alzheimer : résultats à 20 ans de l’étude ACTIVE
Entraînement cognitif et prévention Alzheimer : résultats à 20 ans de l’étude ACTIVE
Les bénéfices de la stimulation cognitive sur le risque de développer une maladie neurocognitive ont déjà été démontrés, notamment grâce à l’étude ACTIVE. Il s’agit d’un essai clinique ayant évalué les effets de différents types d’entraînement chez des personnes âgées. Les participants recevaient soit un entraînement de la mémoire, soit du raisonnement, soit de la vitesse de traitement de l’information, soit aucun entraînement. Pour approfondir ces effets, les équipes de recherche ont analysé comment les différents types d’entraînement cognitif influencent le risque de diagnostic de maladies neurocognitives, en tenant compte du type d’entraînement, des séances de rappel et de l’âge des participants au départ, sur une période de 20 ans et à partir des données médicales de l’assurance maladie (assurance couvrant principalement les personnes âgées de 65 ans et plus). Au total, 2021 participants inscrits au programme ont été inclus dans l’analyse.
Les résultats montrent que les participants ayant suivi un entraînement basé sur la vitesse de traitement de l’information (axé sur la recherche visuelle et la capacité à traiter des informations de complexité croissante, présentées avec des temps d’observation successivement plus courts) et ayant réalisé au moins une séance de rappel ont un risque plus faible de maladie neurocognitive. Dans ce groupe, le risque était réduit d’environ 25 %. En revanche, les participants ayant suivi le même entraînement mais sans séance de rappel n’ont pas montré de réduction du risque. Par ailleurs, les entraînements portant sur la mémoire ou sur le raisonnement n’ont pas montré d’effet significatif sur le risque de développer une maladie neurocognitive.
Les auteurs suggèrent donc que l’entraînement cognitif centré sur la vitesse de traitement de l’information, notamment grâce à des tâches rapides sollicitant l’attention partagée et s’adaptant au niveau du participant, pourrait contribuer à retarder le diagnostic de la maladie d’Alzheimer, en particulier lorsqu’il est complété par des séances de rappel.
2. Biomarqueurs plasmatiques et diagnostic en Amérique latine
Le diagnostic des maladies neurocognitives repose de plus en plus sur des biomarqueurs sanguins spécifiques de ces pathologies, mais leur efficacité est encore peu étudiée dans des populations diverses. L’Amérique latine, marquée par une grande diversité génétique et environnementale, est particulièrement sous-représentée dans ce type de recherches. Une nouvelle étude a analysé 605 participants issus de plusieurs pays du continent sud-américain, afin d’évaluer la capacité de ces biomarqueurs plasmatiques à distinguer la maladie d’Alzheimer et la dégénérescence lobaire frontotemporale.
Les résultats des travaux montrent que dans les deux maladies, l’amyloïde s’accumule dans le cerveau et n’est plus présente dans le sang (le ratio amyloïde Aβ42/Aβ40 est diminué), tandis que les niveaux de tau (p-tau217, p-tau181) et de neurofilament (une protéine structurelle nécessaire aux neurones) sous leurs formes pathologiques sont augmentés. Par ailleurs, les chercheurs ont observé que les modèles de classification des pathologies grâce aux algorithmes ont obtenu une bonne précision diagnostique, 83% pour Alzheimer et 88% pour la dégénérescence lobaire frontotemporale. Aussi, les analyses confirment-elles la cohérence des résultats entre les différents pays étudiés. Il est important de noter que ces biomarqueurs sont également associés aux troubles de la mémoire, des fonctions exécutives et aux atteintes cognitives globales. Enfin, la combinaison des biomarqueurs sanguins avec l’imagerie cérébrale et les évaluations cliniques améliore la précision du diagnostic, atteignant 89 % pour Alzheimer et 95 % pour la dégénérescence lobaire frontotemporale.
Ces résultats suggèrent donc que les biomarqueurs plasmatiques spécifiques des maladies neurocognitives, associés aux examens cliniques et d’imagerie, peuvent améliorer le diagnostic dans des populations latino-américaines diverses.
3. Stimulation cognitive tout au long de la vie : retarder Alzheimer et protéger le cerveau
Cette étude examine l’effet de la stimulation intellectuelle tout au long de la vie sur la santé cognitive à un âge avancé. Les chercheurs ont utilisé les données du Rush Memory and Aging Project, une étude menée auprès de personnes âgées du nord-est de l’Illinois (Etats-Unis), toutes sans maladie neurocognitive au départ. Les participants ont répondu à des questionnaires sur leurs activités intellectuelles et sociales tout au long de leur vie, permettant de créer un score d’enrichissement cognitif. 1 939 participants ont été suivis en moyenne pendant 7,6 ans, et 551 ont développé la maladie d’Alzheimer pendant cette période.
Les résultats montrent qu’un score plus élevé d’enrichissement cognitif est associé à un risque réduit de 38 % de développer la maladie d’Alzheimer. Ces personnes ont vu l’apparition de la maladie retardée en moyenne de 5 ans par rapport à celles avec un faible enrichissement. Il était également lié à une meilleure fonction cognitive au départ et à un déclin cognitif plus lent au fil du temps. Les analyses post-mortem ont révélé que la stimulation cognitive n’était pas significativement liée aux anomalies cérébrales observées à l’autopsie. Autrement dit, il n’empêche pas forcément les lésions cérébrales. Cependant, il restait associé à une meilleure cognition proche du décès et à un déclin des fonctions cognitives plus lent.
En conclusion, les auteurs démontrent que l’exposition à des activités intellectuelles et stimulantes tout au long de la vie est associée à une plus grande résilience cognitive, c’est-à-dire la capacité du cerveau à maintenir ses fonctions cognitives malgré la présence de lésions, de maladies ou de stress, et à un risque réduit de maladies neurocognitives. Ces résultats indiquent que la santé cognitive à un âge avancé dépend en partie de l’enrichissement cognitif accumulé tout au long de la vie.
/ Ce qu’il faut retenir
1️⃣ Un entraînement cognitif ciblé sur la vitesse de traitement de l’information, complété par des séances de rappel, est associé à une réduction d’environ 25 % du risque de maladie neurocognitive sur 20 ans.
2️⃣ Les biomarqueurs plasmatiques permettent de distinguer la maladie d’Alzheimer et la dégénérescence lobaire frontotemporale avec une bonne précision diagnostique en Amérique latine, notamment lorsqu’ils sont combinés à l’imagerie et à l’évaluation clinique.
3️⃣ Un enrichissement cognitif élevé tout au long de la vie est associé à un risque réduit de 38 % de développer la maladie d’Alzheimer et à un retard moyen de 5 ans dans l’apparition de la maladie, en favorisant une meilleure résilience cognitive.
/ Rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode
Ces nouvelles recherches rappellent que la prévention et le diagnostic des maladies neurocognitives reposent sur plusieurs leviers complémentaires. L’entraînement cognitif ciblé, l’enrichissement intellectuel accumulé tout au long de la vie et l’utilisation de biomarqueurs sanguins contribuent chacun à mieux comprendre, retarder ou identifier la maladie d’Alzheimer. Si certaines approches n’empêchent pas toujours les lésions cérébrales, elles peuvent renforcer la résilience du cerveau et retarder l’apparition des symptômes.
Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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