Cette semaine, la recherche sur la maladie d’Alzheimer met particulièrement en lumière les traitements : leurs promesses, leurs limites et les précautions nécessaires à leur utilisation.
Entre essais cliniques, surveillance des effets secondaires et pistes de prévention, ces travaux montrent à quel point les approches thérapeutiques évoluent, avec des résultats parfois contrastés mais essentiels pour faire progresser la prise en charge de la maladie.
/ Les actualités de la semaine
1. Vaccin antigrippal : une association avec un risque réduit de maladie d’Alzheimer
Cette nouvelle étude s’intéresse au lien entre la vaccination contre la grippe et le risque de développer la maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées. Des recherches précédentes ont déjà suggéré que les vaccins antigrippaux pourraient être associés à une réduction de ce risque. Afin de renforcer cette hypothèse, des médecins ont recherché un « effet-dose » : est-ce qu’une dose élevée de vaccin est plus efficace qu’une dose standard ?
Les chercheurs ont donc comparé, à partir de données médicales, ces deux types de vaccins chez des adultes de 65 ans et plus. Ils ont utilisé une grande base de données américaine couvrant la période 2014 à 2019. Seules les personnes sans troubles cognitifs préexistants ont été incluses. Les participants ont été suivis pendant trois ans après leur vaccination. La survenue de la maladie d’Alzheimer a été identifiée à partir des diagnostics médicaux enregistrés et des médicaments prescrits.
Les résultats des travaux montrent que le vaccin à forte dose est associé à un risque plus faible de développer la maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées. Cette réduction du risque est surtout observée dans les deux premières années suivant la vaccination. Elle semble également plus marquée chez les femmes que chez les hommes.
Cependant, l’étude présente des limites, comme une durée de suivi relativement courte et un manque d’informations sur le mode de vie.
En conclusion, la vaccination antigrippale à forte dose pourrait contribuer à réduire le risque de maladie d’Alzheimer, mais d’autres recherches sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes en jeu.
2. Leqembi : une surveillance renforcée recommandée face à un effet indésirable
L’agence américaine du médicament recommande une surveillance renforcée pour un traitement contre la maladie d’Alzheimer appelé Leqembi. Mais pourquoi ?
Ce médicament vise à ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer grâce à des anticorps anti-amyloïdes qui réduisent la quantité des dépôts amyloïdes dans le cerveau. Cependant, il peut provoquer un effet secondaire appelé ARIA-E. L’ARIA-E correspond à un gonflement du cerveau (œdème) ou à une accumulation de liquide.
Dans la plupart des cas, cet effet ne provoque pas de symptômes visibles. Mais il peut parfois entraîner des complications graves, comme des crises d’épilepsie. Dans de rares situations, ces complications peuvent être mortelles.
Pour détecter ce problème, on utilise l’IRMExamen d’imagerie permettant de voir l’intérieur les organes grâce à un appareil qui émet des ondes électromagnétiques dans les atomes d’hydrogène qui…. Il s’agit d’un examen d’imagerie qui permet d’observer le cerveau en détail. Jusqu’à présent, ces examens étaient recommandés après plusieurs perfusions du médicament. Désormais, les autorités conseillent de réaliser une IRM plus tôt, avant la troisième perfusion. Cela permettrait de repérer plus rapidement les signes d’ARIA-E. En effet, une détection précoce peut aider à adapter le traitement.
Les médecins peuvent alors décider d’adapter le traitement, par exemple en le suspendant ou en l’arrêtant. L’objectif est de réduire les risques pour les patients concernés et d’éviter des complications graves.
3. Alzheimer : le sémaglutide n’a pas montré d’efficacité dans un essai clinique
Un médicament appelé sémaglutide (exemples de noms commerciaux : Wegovy, Ozempic…), déjà utilisé contre le diabète et l’obésité, a été testé dans le cadre de la maladie d’Alzheimer. Des recherches antérieures suggéraient qu’il pourrait être associé à une réduction du risque de maladies neurocognitives. Les chercheurs ont donc évalué dans des essais cliniques s’il pouvait ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce.
Deux grands essais cliniques internationaux ont été menés dans 40 pays. Les participants, âgés de 55 à 85 ans, avaient une forme débutante d’Alzheimer. Ils ont été répartis au hasard entre deux groupes : l’un recevant le médicament, l’autre un placeboProduit présenté comme un médicament mais qui n’a en réalité aucun effet propre sur la santé. C’est le simple fait de prendre… (traitement sans effet). L’étude était « en double aveugle », ce qui signifie que ni les patients ni les médecins ne savaient qui recevait le traitement. Les participants ont été suivis pendant environ deux ans.
Pour analyser les effets du médicament, les chercheurs ont mesuré l’évolution de la maladie avec une échelle clinique évaluant la mémoire et les capacités dans les activités de la vie quotidienne. Les résultats ont montré que le sémaglutide n’a pas ralenti la progression de la maladie. Les patients sous traitement ont évolué de manière similaire à ceux sous placebo. Autrement dit, le médicament n’a pas montré d’efficacité dans ce contexte. Par ailleurs, des effets indésirables ont été fréquents dans les deux groupes. La tolérance du médicament reste globalement similaire à celle observée dans d’autres maladies.
En conclusion, malgré des résultats prometteurs dans d’autres domaines, le sémaglutide ne semble pas efficace contre la maladie d’Alzheimer à un stade précoce.
4. Alzheimer : le donanemab montre un ralentissement du déclin sur la durée
Le donanemab est un médicament contre la maladie d’Alzheimer. Cet anticorps anti-amyloïde cible les plaques amyloïdesAccumulation de protéines Bêta-amyloïde dans le cerveau, qui, au lieu d’être éliminées naturellement par le corps, restent, se regroupent et forment des…, des dépôts anormaux dans le cerveau associés à la maladie. Les chercheurs ont voulu vérifier son efficacité sur une période plus longue.
L’étude initiale avait déjà montré un ralentissement de la progression de la maladie sur 18 mois. Les participants ont ensuite été suivis pendant trois ans au total. A noter que certains patients ont reçu le traitement dès le début, d’autres plus tard.
Les résultats de cette étude montrent que les patients traités plus tôt évoluent moins vite.
Autrement dit, leur déclin cognitif est ralenti par rapport aux autres. Ceux ayant commencé plus tard ont également montré un bénéfice, mais plus limité.
Le traitement a notamment permis de réduire fortement les plaques amyloïdes dans le cerveau. Chez plus de 75 % des patients, ces plaques ont fortement diminué, parfois jusqu’à devenir indétectables. Cependant, elles peuvent réapparaître progressivement avec le temps.
Aucun nouveau signal de sécurité majeur n’a été observé au cours du suivi.
Les résultats suggèrent que les bénéfices sont plus importants lorsque le traitement est commencé tôt et poursuivi dans le temps.
En conclusion, le donanemab apparaît comme une option prometteuse pour ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer, en particulier à un stade précoce.
/ En bref : ce qu’il faut retenir
1️⃣ La vaccination antigrippale, notamment à forte dose, pourrait être associée à un risque plus faible de développer la maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées.
2️⃣ Certains traitements récents, comme le Leqembi, nécessitent une surveillance renforcée en raison d’effets secondaires potentiels, détectables grâce à une imagerie cérébrale précoce.
3️⃣ Dans un essai clinique contrôlé le sémaglutide n’a pas montré d’efficacité pour ralentir la progression de la maladie à un stade précoce, malgré des observations prometteuses.
4️⃣ Le traitement anti-amyloïdeTraitement qui a pour but d’empêcher l’apparition de plaques amyloïdes dans le cerveau, qui sont impliquées dans la maladie d’Alzheimer. donanemab montre des résultats encourageants, notamment lorsqu’il est administrés tôt et sur une durée prolongée
/ Rendez-vous la semaine prochaine
Ces travaux démontrent la complexité du développement de traitements contre la maladie d’Alzheimer : entre espoirs, ajustements et résultats parfois contrastés, chaque étude contribue à faire progresser les connaissances. Ils rappellent aussi l’importance d’un encadrement rigoureux et de recherches continues pour proposer des traitements à la fois efficaces et sûrs.
Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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