Minute Cerveau & Recherche – Episode 28

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Pour ce 28ème épisode de la Minute Cerveau & Recherche, nous avons sélectionné trois travaux récents qui abordent la maladie d’Alzheimer sous des angles complémentaires : le lien entre dépression et mémoire, l’évolution du nombre de personnes concernées en Europe et la fréquence réelle des changements biologiques selon l’âge et les stades de la maladie.

/ Les actualités de la semaine

La maladie d’Alzheimer est parfois associée à la dépression, ce qui peut affecter la mémoire, la pensée et la qualité de vie en général. Comprendre comment les atteintes du cerveau sont liées aux symptômes dépressifs est important pour mieux accompagner et traiter les patients.

Lors d’une étude récente, des chercheurs ont étudié 2 722 participants, dont 886 étaient atteints de la maladie d’Alzheimer et 1 836 ne présentaient pas de trouble cognitif. Ils ont utilisé l’imagerie cérébrale pour mesurer les volumes du cerveau et ont évalué la dépression avec une échelle de dépression gériatrique. Les résultats des travaux montrent que les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer présentaient plus de symptômes dépressifs que les participants sans aucun trouble cognitif, soit 35,3 % contre 14,7 %. Leurs capacités cognitives étaient également plus faibles. Par ailleurs, l’étude a mis en évidence que l’atrophie de l’hippocampe présente chez les patients Alzheimer, une zone du cerveau importante pour la mémoire, joue un rôle central. Cette atrophie pourrait faire le lien entre la dépression et la maladie d’Alzheimer, ce qui signifie qu’elle explique en partie pourquoi la dépression est plus fréquente chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Les résultats des recherches suggèrent que des interventions ciblant spécifiquement l’hippocampe ou la dépression pourraient améliorer le bien-être et les fonctions cognitives des patients. Aussi, comprendre plus en profondeur cette interaction aiderait à mieux prévenir et traiter la dépression chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

L’association Alzheimer Europe vient de publier un rapport d’analyse concernant les maladies neurocognitives et notamment les projections chiffrées du risque de survenue de ces maladies en 2050. En voici les grandes lignes.

Pour 2025, les prévisions étaient qu’environ 9 millions de personnes dans l’Europe des 27 et 12 millions en incluant les pays voisins (Arménie, Bosnie Herzégovine, Islande, Israël, Montenegro, Macédoine du Nord, Norvège, Serbie, Suisse, Turquie, Ukraine, Royaume-Uni) vivraient avec une maladie neurocognitive. Ces chiffres montraient déjà l’ampleur du défi posé par ces maladies liées au vieillissement. Pour 2050, les projections indiquent que 14,3 millions de personnes dans l’Europe des 27 et près de 20 millions dans l’ensemble des pays européens et voisins pourraient être concernées par les maladies neurocognitives. Cela représente une augmentation nette de 58 % dans l’Union Européenne et de 64 % dans l’ensemble des pays étudiés par rapport à 2025. Il est important de considérer qu’il existe encore peu de données sur les personnes jeunes atteintes de maladies neurocognitives (moins de 65 ans), ce qui empêche d’estimer leur nombre avec précision. Malgré plusieurs tentatives, aucune méthode fiable n’a permis de fournir des chiffres actualisés pour ce groupe d’âge.

Le rapport rappelle qu’au cours de la dernière décennie, les progrès scientifiques ont permis des diagnostics plus précis et spécifiques pour les différents types de maladies neurocognitives. Certaines études ont même fourni des données permettant d’estimer la prévalence par type de maladie, mais ces informations restent insuffisantes et incomplètes pour générer de nouvelles estimations fiables. Il est donc crucial que les recherches futures comblent ces lacunes, afin que les gouvernements et décideurs disposent de chiffres exacts. Cela inclut le nombre de personnes avec une maladie neurocognitive précoce et la répartition par type de maladies, nécessaire pour planifier les prises en charge.

Enfin, des différences ont été observées au sein d’un même pays entre les données précédentes et les projections actuelles, surtout pour 2050, probablement liées aux évolutions démographiques, comme le déclin global de la population selon les nouvelles estimations de l’ONU.

Les prévisions présentées dans le rapport de l’association Alzheimer Europe mettent en évidence la nécessité d’agir dès maintenant pour soutenir les personnes atteintes de maladies neurocognitives et leurs proches aidants. Selon les auteurs, il est en particulier essentiel de garantir l’accès à des services et à des soutiens adaptés afin de permettre à chacun de vivre bien malgré la maladie.

Cette étude s’intéresse aux changements neuropathologiques liés à la maladie d’Alzheimer, qui sont la principale cause de troubles cognitifs. Plus précisément, les changements neuropathologiques sont des modifications anormales dans le cerveau liées à une maladie.

Ils peuvent inclure une accumulation de protéines anormales, comme les dépôts amyloïdes et les enchevêtrements de protéine tau, une perte de neurones, les cellules nerveuses responsables de la transmission des informations, et/ou des altérations des connexions cérébrales, qui perturbent la communication entre différentes régions du cerveau. Ces changements sont souvent invisibles au quotidien au début, mais ils perturbent progressivement les fonctions cognitives, comme la mémoire, l’attention et le raisonnement. Dans le contexte de la maladie d’Alzheimer, les changements neuropathologiques sont donc les signes biologiques de la maladie que l’on peut détecter grâce à des examens du cerveau ou, plus récemment, à des biomarqueurs dans le sang.

Pour analyser les risques de survenue de la maladie grâce aux changements neuropathologiques, des chercheurs ont utilisé un marqueur sanguin, la protéine tau pathologique, appelée pTau217, pour détecter ces changements chez les individus. Ils ont analysé 11 486 échantillons sanguins provenant d’une cohorte norvégienne de personnes âgées de plus de 57 ans. Tout d’abord, les résultats montrent que la prévalence des changements liés à Alzheimer augmente avec l’âge. En effet, chez les personnes âgées de 58 à 69,9 ans, moins de 8 % présentaient ces changements, alors que chez les personnes de plus de 90 ans, cette proportion atteignait 65,2 %. Par ailleurs, parmi les participants âgés de 70 ans ou plus :

  • 10 % avaient une maladie d’Alzheimer préclinique (stade précoce avant l’apparition des symptômes évidents liés à la mémoire),
  • 10,4 % étaient au stade prodromal (phase intermédiaire entre le stade préclinique et la maladie avérée),
  • 9,8 % avaient une maladie neurocognitive de type Alzheimer.

Chez les mêmes participants de 70 ans et plus :

  • 60 % des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer présentaient des changements neuropathologiques,
  • Contre 32,6 % de ceux avec un déficit cognitif léger,
  • Et 23,5 % des personnes sans trouble cognitif.

Ces résultats indiquent que la maladie d’Alzheimer est plus fréquente chez les personnes âgées. En effet, la maladie d’Alzheimer touche de plus en plus de personnes avec l’âge, depuis le stade préclinique silencieux jusqu’à la maladie avérée, soulignant l’importance de la détection précoce.

/ Ce qu’il faut retenir

1️⃣ Chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, la dépression est plus fréquente et l’atrophie de l’hippocampe semble jouer un rôle central dans le lien entre humeur et mémoire.

2️⃣ En Europe, le nombre de personnes vivant avec une maladie neurocognitive pourrait augmenter de près de 60 % d’ici 2050, ce qui renforce l’urgence d’anticiper les besoins en accompagnement et en soins.

3️⃣ Les marqueurs biologiques liés à Alzheimer deviennent beaucoup plus fréquents avec l’âge : ils peuvent être présents dès les stades silencieux, avant même l’apparition des symptômes cognitifs.

/ Rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode

Ces nouvelles données rappellent que la maladie d’Alzheimer ne concerne pas uniquement la mémoire. Elle touche aussi la santé mentale, s’inscrit dans un contexte démographique en forte évolution et peut être détectée biologiquement bien avant les premiers signes visibles. Mieux comprendre ces dimensions est essentiel pour améliorer la prévention, l’accompagnement et l’organisation des soins dans les années à venir.

Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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