La maladie d’Alzheimer est classiquement associée à l’accumulation de protéines toxiques dans le cerveau ; ce phénomène étant décrit comme néfaste pour la survie des neurones. Pourtant, des recherches récentes suggèrent que le peptide amyloïde et la protéine Tau pourraient aussi jouer un rôle dans la défense immunitaire cérébrale. Face à certaines infections, ces protéines seraient mobilisées pour protéger les neurones. Une réponse utile au départ, mais potentiellement délétère lorsqu’elle devient chronique.

/ L’amyloïde au cœur de l’hypothèse de la protection antimicrobienne
La maladie d’Alzheimer se caractérise par l’accumulation progressive dans le cerveau d’une protéine appelée amyloïde-β, qui forme avec le temps des dépôts ou plaques amyloïdes. Des études génétiques ont montré que cette protéine joue un rôle central dans la maladie, notamment dans les formes héréditaires précoces. Cependant, la majorité des patients ne présentent pas ces mutations génétiques, et la production d’amyloïde-β y semble normale. Les modèles classiques expliquent alors la maladie par une tendance accrue de cette protéine à s’agréger avec l’âge et certains facteurs de risques génétiques.
Des recherches plus récentes remettent en question l’idée que cette agrégation soit uniquement pathologique. Elles suggèrent que l’amyloïde-β joue un rôle naturel dans le système immunitaire du cerveau, en aidant à piéger et neutraliser des agents pathogènes, comme les microbes.
Ces découvertes ont conduit à l’élaboration de « hypothèse de protection antimicrobienne », selon laquelle les dépôts amyloïdes seraient au départ une réponse immunitaire normale face à une infection. Toutefois, une activation prolongée de cette réponse pourrait entraîner une inflammation chronique suivie d’une dégénérescence irréversible des neurones. Cette nouvelle hypothèse complète, sans la contredire, l’hypothèse classique de la cascade amyloïde, qui place toujours l’amyloïde-β au cœur de la maladie d’Alzheimer.
/ Tau et herpès simplex de type 1
Qu’en est-il de la protéine Tau ? Joue-t-elle également un rôle dans l’hypothèse de protection antimicrobienne ? Une étude récente publiée dans la revue scientifique « Nature Neurosciences » semble répondre psotivement à cette interrogation.
La protéine tau est présente dans le cerveau et possède un rôle essentiel dans la structure et le fonctionnement des neurones. Elle aide notamment à stabiliser les microtubules, des éléments importants pour le transport à l’intérieur des cellules nerveuses. Dans certaines maladies appelées tauopathies, dont la maladie d’Alzheimer, la structure de la protéine Tau se modifie anormalement puis s’agrège. Ce phénomène est-il uniquement néfaste pour notre cerveau ou peut-il aider à la protection contre les agents pathogènes ?
Des chercheurs ont utilisé un modèle cellulaire expérimental pour mieux comprendre le rôle de Tau lors d’infection par le virus de l’herpès simplex de type 1 (HSV-1), un virus très courant, responsable des boutons de fièvre. Il peut infecter l’organisme dès l’enfance et reste ensuite présent à l’état latent toute la vie. La plupart du temps, il est inoffensif et ne provoque que des symptômes légers ou même aucun symptôme. Dans de rares cas, il peut atteindre le cerveau et provoquer une infection grave appelée encéphalite herpétique.
Dans cette étude, les auteurs montrent que la structure de la protéine Tau se modifie dans les neurones en réponse à une infection virale, comme dans la maladie d’Alzheimer. Ils observent également que la protéine Tau peut se lier directement aux particules du virus HSV-1 et réduire sa capacité à infecter les cellules.
/ Quel est donc le rôle de Tau dans cette hypothèse ?
Les résultats de cette nouvelle étude suggèrent donc que les modifications structurales de la protéine Tau, généralement considérées comme pathologiques, pourraient faire partie elles aussi d’une réponse antivirale normale du cerveau, comme c’est le cas pour l’amyloïde. Dans ce contexte, Tau agirait comme une protéine de défense du système immunitaire inné.
L’action combinée du peptide amyloïde et de la protéine tau modifiée, associée à une inflammation du cerveau, pourrait ainsi correspondre à une réponse immunitaire normale et coordonnée face à des infections microbiennes cérébrales, mais dont l’action à long terme pourrait participer au développement de la maladie d’Alzheimer. Cette découverte renforce ainsi l’hypothèse déjà formulée de la protection antimicrobienne par les acteurs majeurs de la maladie d’Alzheimer, amyloïde et Tau et ouvre de nouvelles perspectives dans la compréhension et la lutte contre cette terrible maladie.
Source : https://www.alzforum.org/news/research-news/phospho-tau-might-take-down-viruses

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