Créée dans le cadre du Plan Alzheimer 2008-2012, la Banque Nationale Alzheimer (BNA) est devenue un outil clé pour comprendre la maladie et le parcours des patients en France. Une étude récente réalisée grâce à la BNA montre que l’isolement social influence directement l’accès aux examens, aux traitements et aux soins spécialisés. Un éclairage essentiel pour mieux prévenir, repérer et réduire les inégalités face aux troubles cognitifs.

/ Qu’est-ce que la Banque Nationale Alzheimer (BNA) ?
La BNA est un outil majeur de connaissance de la maladie d’Alzheimer en France, développée dans le cadre du Plan Alzheimer 2008-2012. Ce plan avait pour objectif de mieux diagnostiquer, suivre et prendre en charge les personnes atteintes, tout en soutenant la recherche et les politiques publiques dans ce domaine. Le Professeur Joël Ménard, coordonnateur de ce plan national, a joué un rôle clé dans l’élaboration de cette stratégie, en défendant notamment la création d’une base de données nationale pour structurer et centraliser l’information clinique sur la maladie.
La BNA recueille de manière sécurisée et anonymisée des données standardisées de patients suivis dans les centres mémoire et centres mémoire de ressources et de recherche à travers tout le territoire français. Elle permet d’obtenir des indicateurs épidémiologiques fiables sur le nombre de diagnostics, les profils des patients et l’activité des consultations spécialisées, contribuant ainsi à une meilleure connaissance de la maladie en France et à l’ajustement des politiques de santé. Dans sa version plus récente, la gouvernance de la BNA s’appuie sur un comité scientifique présidé par le Professeur Julien Dumurgier, qui supervise les orientations scientifiques et assure la coordination des travaux visant à améliorer la qualité et l’exploitation des données.
En centralisant des centaines de milliers de dossiers de patients, la BNA est devenue un outil clé pour la recherche et la surveillance des maladies neurocognitives en France, offrant aux autorités sanitaires et aux chercheurs une vision nationale structurée de l’évolution de la maladie.
/ Mieux comprendre l’accès aux soins
La BNA constitue également un repère précieux pour analyser concrètement le parcours de soins des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs. En centralisant à l’échelle nationale des données sur les consultations, les examens réalisés, les traitements prescrits et le recours aux aides sociales, la BNA permet de mieux comprendre comment les patients accèdent ou non, aux soins spécialisés. Cette vision globale rend possible l’identification d’inégalités, notamment celles liées à l’isolement social. En croisant les informations médicales et les données sur les conditions de vie, la BNA offre ainsi un éclairage unique sur les freins à l’accès aux soins et sur les points de rupture dans le parcours des patients les plus vulnérables, contribuant à orienter les politiques de santé vers une prise en charge plus équitable.
Dans une nouvelle étude, des chercheurs de Paris et de Lille, ont décrypté, grâce à la BNA, la question des effets de l’isolement social. En effet, dans un contexte où l’absence de traitement curatif contre la maladie d’Alzheimer rend essentielle une prise en charge précoce, ces travaux analysent, à partir des données nationales françaises, l’impact de l’isolement social sur l’accès aux soins spécialisés des personnes âgées présentant des troubles cognitifs.
/ L’isolement social : source d’inégalité dans l’accès aux soins
Cette étude nationale menée s’intéresse à l’impact de l’isolement social sur l’accès aux soins des personnes âgées présentant des troubles cognitifs. Les équipes françaises de chercheurs ont analysé les données de la BNA entre 2011 et 2020 en analysant les données de 491 273 personnes vivant à domicile, âgées de 75 ans ou plus, lors de leur première consultation en centre mémoire. L’isolement social a été évalué selon la situation de vie : non isolé (vivant avec un proche), partiellement isolé (vivant seul avec contacts réguliers) ou totalement isolé (vivant seul sans contact). Parmi les participants, 57,4 % n’étaient pas isolés, 28,7 % étaient partiellement isolés et 14 % totalement isolés.
Les résultats des recherches révèlent que les personnes partiellement isolées étaient légèrement plus susceptibles de bénéficier d’examens cognitifs, mais moins susceptibles de recevoir des soins spécialisés ou un traitement médicamenteux que les personnes non isolées. Les personnes totalement isolées, quant à elles, étaient moins susceptibles de bénéficier d’examens, de soins spécialisés ou de traitements que les personnes non isolées. En revanche, les personnes partiellement et totalement isolées avaient davantage recours aux services d’aide sociale que les personnes non isolées.
Les auteurs concluent qu’une meilleure coordination entre services de santé et services sociaux est nécessaire pour réduire les inégalités d’accès aux soins chez les personnes âgées isolées atteintes de troubles cognitifs. Cela souligne également l’importance de mieux repérer et accompagner les personnes âgées isolées face aux troubles cognitifs, et de mettre en évidence la nécessité de renforcer la coordination entre soins médicaux et accompagnement social, mais aussi d’investir davantage dans la prévention et le dépistage précoce. Dans cette perspective, des acteurs engagés comme la Fondation Alzheimer, créée en 2008 dans le cadre du Plan Alzheimer, jouent un rôle clé en soutenant la recherche, la sensibilisation du grand public et les actions de prévention, indispensables pour réduire les inégalités d’accès aux soins et anticiper les besoins liés au vieillissement de la population.
Source : https://www.thelancet.com/journals/lanprc/article/PIIS3050-5143(25)00058-5/fulltext

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