Peut-on détecter la maladie d’Alzheimer avant même l’apparition des premiers symptômes ? Cette semaine, nous avons sélectionné trois études scientifiques récentes qui montrent comment la recherche progresse pour mieux comprendre, détecter et anticiper la maladie. Entre biomarqueurs sanguins, mécanismes inflammatoires et intelligence artificielle, ces travaux illustrent les avancées actuelles sur les maladies neurocognitives.
/ Les actualités de la semaine sur les maladies neurocognitives
1. Alzheimer en Norvège : fréquence, biomarqueurs sanguins et rôle de l’éducation
Une étude récente menée en Norvège montre que la maladie d’Alzheimer est fréquente chez les personnes âgées. Environ 1 personne sur 10 de plus de 70 ans présente une maladie d’Alzheimer.
Les chercheurs ont utilisé des tests sanguins pour mieux estimer cette fréquence. Ils ont analysé un marqueur dans le sang appelé pTau217. Ce marqueur détecte la présence de la protéineÉlément biologique composée de petites molécules, appelées acides aminés, présent dans les cellules de tous les êtres vivants et dont le rôle… tau pathologique qui s’accumule dans le cerveau, signe typique de la maladie d’Alzheimer. Les participants ont aussi passé des tests cognitifs, tels que des tests de mémoire et de réflexion.
Les résultats des travaux montrent que :
- 10 % des plus de 70 ans présentent une maladie d’Alzheimer diagnostiquée ;
- 10 % des individus présentent des troubles cognitifs légers avec des signes biologiques de la maladie ;
- 10 % ont des signes biologiques sans symptômes (ce qui est appelé « stade préclinique ») ;
- Chez les personnes très âgées (85–89 ans), la maladie est plus fréquente que prévu ;
- À l’inverse, chez les plus jeunes (70–74 ans), la fréquence de la survenue de la maladie est plus faible qu’attendue.
L’étude suggère aussi que le niveau d’éducation pourrait jouer un rôle protecteur. En effet, les personnes les moins éduquées étaient associées à des niveaux plus élevés de pTau217.
Les biomarqueurs sanguins liés à la présence de la protéine tauProtéine située à l’intérieur des neurones et qui permet de maintenir, de stabiliser le squelette de celui-ci. Source : Houria Aiouaz, pour la… pathologique sont utiles pour la recherche, mais pas encore prêts pour un dépistage généralisé car nous ne pouvons rien proposer aux personnes porteuses. Enfin, les scientifiques pensent qu’à l’avenir, plusieurs tests sanguins combinés pourraient permettre de mieux comprendre et détecter les maladies du cerveau.
2. Alzheimer : inflammation du cerveau et nouvelles pistes de traitement
La maladie d’Alzheimer est une maladie du cerveau. Elle fait partie des maladies neurocognitives. Elle entraîne une perte progressive de la mémoire et des capacités intellectuelles. Elle se caractérise par l’accumulation de protéine amyloïde et de protéine tau pathologiques. Ces anomalies sont associées à la mort progressive des cellules nerveuses et au déclin cognitif. Pour mieux comprendre ces mécanismes, des études scientifiques ont montré un lien entre la maladie d’Alzheimer et la pyroptose.
La pyroptose est une forme de mort cellulaire programmée liée à l’inflammation. Les dépôts d’amyloïde et de tau pourraient activer un système appelé inflammasome NLRP3. Ce système déclenche une cascade de réactions en chaîne impliquant des protéines spécifiques et entraînant la rupture de la membrane des cellules. Les cellules libèrent alors des molécules inflammatoires qui aggravent l’inflammation cérébrale. Cependant, il existe encore peu de traitements ciblant ce mécanisme.
Des recherches récentes s’intéressent en particulier aux microARN. Les microARN sont de petites molécules qui servent à réguler l’activité des gènes et qui peuvent donc réguler la production de certaines protéines. Dans le cas de la pyroptose, ils pourraient agir en bloquant ou réduisant la fabrication des protéines clés de ce mécanisme, comme celles impliquées dans la voie NLRP3. En freinant cette chaîne de réactions, les microARN pourraient empêcher l’activation excessive de l’inflammation, limiter la rupture des cellules et donc réduire les dommages aux neurones. Autrement dit, ils n’éliminent pas directement les dépôts liés à Alzheimer, mais ils pourraient contribuer à limiter les effets inflammatoires qui aggravent la maladie. Enfin, des technologies comme les nanoparticules pourraient aider à transporter ces traitements dans le cerveau en franchissant la barrière hémato-encéphalique.
3. Alzheimer : prédire la maladie plus tôt grâce à l’intelligence artificielle dans les archives des dossiers médicaux
La détection précoce de la maladie d’Alzheimer est importante pour intervenir le plus tôt possible. Une nouvelle étude américaine cherche à savoir si l’intelligence artificielle pourrait aider à la prédire. Elle utilise en particulier les dossiers médicaux électroniques contenant des notes de médecins.
Les chercheurs ont analysé les dossiers de plus de 61 000 patients ayant reçu un diagnostic de maladie d’Alzheimer et les ont comparés à ceux de plus de 234 000 individus ne présentant pas la maladie. Les participants avaient entre 45 et 103 ans. Dans les notes médicales rédigées par les médecins, ils ont repéré certains mots ou expressions associés à des troubles cognitifs de type Alzheimer. Par exemple : “concentration” ou “difficulté à parler”. Ces observations peuvent refléter des signes précoces d’un déclin cognitif subjectif (c’est-à-dire un ressenti personnel de baisse de mémoire ou d’attention). Les équipes de recherche ont ensuite eu recours au machine learning, une méthode utilisant l’intelligence artificielle, dans laquelle un programme apprend à partir de données collectées pour faire ensuite des prédictions. Les résultats montrent que :
- Ces mots apparaissent plus souvent chez les personnes qui développeront la maladie d’Alzheimer ;
- Leur fréquence augmente fortement dans les années avant le diagnostic ;
- Cette augmentation est beaucoup plus rapide chez les personnes Alzheimer que chez les personnes sans trouble cognitifDésigne un groupe de symptômes qui touchent le cerveau et qui altèrent nos capacités intellectuelles, à savoir la mémoire, le langage, l’apprentissage….
- Les modèles informatiques utilisés (ou algorithmes) améliorent leur capacité à prédire la maladie à mesure que le diagnostic approche.
Ces travaux indiquent donc que des signaux liés à la maladie d’Alzheimer pourraient être présents dans les notes médicales bien avant le diagnostic. Ainsi, l’analyse de mots-clés pourrait donc aider à repérer les personnes à risque plus précocement.
/ En bref : ce qu’il faut retenir
1️⃣ La maladie d’Alzheimer reste fréquente chez les personnes les plus âgées, et les biomarqueurs sanguins permettent d’en affiner l’estimation, tout en ouvrant des perspectives pour le diagnostic.
2️⃣ L’inflammation du cerveau, notamment via des mécanismes de mort neuronale, pourrait jouer un rôle important dans la progression de la maladie et représenter une piste thérapeutique.
3️⃣ L’intelligence artificielle permet d’identifier des signaux précoces dans les dossiers médicaux, ouvrant la voie à une détection anticipée de la maladie.
/ Rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles actualités scientifiques et médicales
Ces travaux témoignent de la diversité des approches actuelles en recherche sur la maladie d’Alzheimer : mieux mesurer la fréquence de la maladie, comprendre les mécanismes biologiques en jeu et développer de nouveaux outils pour repérer les premiers signes.
Autant de pistes qui, mises ensemble, contribuent à faire progresser la détection précoce et la compréhension de la maladie.
Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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