Minute Cerveau & Recherche – Episode 27

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Pour ce 27ème épisode de la Minute Cerveau & Recherche, nous avons sélectionné quatre études récentes que nous avons souhaité vous partager. Elles abordent, chacune à leur manière, différentes dimensions du risque et des mécanismes de la maladie d’Alzheimer, entre facteurs sociaux, signes précoces et biologie du vieillissement.

/ Les actualités de la semaine

De nombreuses études mettent en avant l’importance des interactions sociales pour prévenir et retarder la survenue d’une maladie d’Alzheimer. Cependant, comme le processus pathologique de la maladie d’Alzheimer débute des années avant l’apparition des symptômes, est que c’est bien le manque de relation sociale qui est un facteur de risque de la maladie, ou est-ce que c’est la maladie d’Alzheimer débutante qui tend à limiter les relations sociales. C’est ce que les épidémiologistes appellent la causalité inverse.

Pour répondre à cette question, une équipe américaine a analysé les données de 487 194 participants (issus de l’étude anglaise UK Biobank), âgés de 40 ans et plus, pour voir si des personnes ayant un risque génétique élevé de développer une maladie d’Alzheimer avait bien avant l’apparition des symptômes déjà une dégradation des relations sociales. Ces personnes ont en effet un risque plus important de développer à terme une maladie d’Alzheimer. Plusieurs aspects de la vie sociale des participants ont été examinés comme l’isolement social, la solitude, la satisfaction dans les relations familiales ou amicales, le soutien émotionnel et la participation à des activités sociales.

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, un risque génétique plus élevé de maladie d’Alzheimer n’était pas associé à la solitude ou un isolement social. Au contraire, les personnes à risque génétique élevé avaient un score d’isolement social plus « faible », c’est-à-dire qu’elles étaient en moyenne moins isolées. De plus, les chercheurs ont remarqué qu’un risque génétique plus élevé d’Alzheimer était aussi lié à une plus grande satisfaction dans les relations familiales, bien que ce lien diminue avec l’âge. Ces personnes participent également à une plus grande variété d’activités sociales, et ce résultat ne varie pas selon l’âge. En revanche, aucun lien n’a été trouvé avec la solitude, la qualité des relations amicales ou le soutien émotionnel perçu.

Cette étude démontre que la dégradation des relations sociales n’est pas une conséquence de la maladie d’Alzheimer, mais bien un facteur de risque. Donc pour ralentir la survenue des symptômes, cultiver ses relations sociales, vivre en couple, voir ses amis etc. est un élément essentiel.

Les pertes de mémoire sont le signe le plus connu mais pas forcément le plus commun de la maladie d’Alzheimer. D’autres signes peuvent survenir avant. Parmi eux, une diminution de l’odorat peut apparaître très tôt et peut annoncer un futur déclin progressif des capacités cognitives. Cependant, à ce jour, les mécanismes expliquant ce phénomène restent encore mal compris.

Une région du cerveau appelée le locus coeruleus est touchée précocement par la maladie. Cette région spécifique produit la noradrénaline, une substance impliquée dans le traitement des informations olfactives. On peut alors se poser la question suivante : existe-t-il donc un lien entre les atteintes du locus coeruleus et la perte d’odorat dans la maladie d’Alzheimer ?

Pour répondre à cette question, des chercheurs ont étudié un modèle de souris présentant des caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Ils ont observé une perte précoce des fibres nerveuses reliant le locus coeruleus au bulbe olfactif. Cette perte apparaît avant la formation des dépôts amyloïdes et s’accompagne d’une altération de l’odorat chez les animaux. Les chercheurs ont également montré que certaines cellules immunitaires du cerveau, appelées microglies, sont à l’origine de la destruction de ces fibres nerveuses. En empêchant ce mécanisme de manière expérimentale chez la souris, les fibres nerveuses du locus coeruleus et l’odorat sont préservés. Qu’en est-il chez l’homme ? Chez des patients à un stade précoce de la maladie d’Alzheimer, des signes d’inflammation ont été détectés dans le bulbe olfactif. L’étude confirme également une dégénérescence précoce des fibres nerveuses dans le locus coeruleus chez des patients atteints d’Alzheimer débutant lors d’analyses post-mortem.

Les résultats de ces travaux de recherche mettent en évidence un lien entre atteinte cérébrale précoce et perte d’odorat, et suggèrent l’intérêt de tests olfactifs et d’imagerie cérébrale pour un diagnostic plus précoce.

La plupart des études portant sur la génétique dans la maladie d’Alzheimer concernent des populations d’origine européenne ; peu d’entre elles comparent les origines et différents types de données biologiques. Etudier les différentes origines génétiques permet-elle de mieux comprendre les mécanismes de la maladie d’Alzheimer et d’identifier des facteurs de risque adaptés à la diversité des populations ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont analysé des données issues de deux groupes d’origines différentes : européenne et africaine. Ils ont combiné des données génétiques avec des données de protéomique (étude de l’ensemble des protéines présentes dans le sang) et de métabolomique (étude de l’ensemble des petites molécules issues du métabolisme énergétique). Ils ont comparé ces résultats aux deux plus grandes études génétiques européennes déjà existantes sur la maladie d’Alzheimer. À la suite des analyses réalisées, les équipes ont identifié 21 protéines et un métabolite associés au risque d’Alzheimer dans les deux groupes et ont mis en évidence des mécanismes biologiques communs, notamment liés à la neuro-inflammation et au métabolisme des lipides. Toutefois, certaines protéines et certains métabolites étaient spécifiques d’une seule origine. Plus précisément, environ 25 % des protéines identifiées étaient propres au groupe d’origine africaine, contre 60 % pour le groupe d’origine européenne. Pour les métabolites, 50 % étaient propres au groupe d’origine africaine et 10 % au groupe d’origine européenne.

L’étude démontre ainsi que les facteurs biologiques associés au risque de maladie d’Alzheimer peuvent varier selon nos origines. Les auteurs soulignent d’ailleurs que les résultats obtenus chez les participants d’africaine doivent être confirmés par d’autres études génétiques spécifiques à cette population. Ainsi, étudier les facteurs biologiques dans diverses populations peut aider à mieux comprendre le risque de développer la maladie d’Alzheimer et à adapter la prévention mais aussi la prise en charge à chacun.

Cette étude récente s’intéresse aux horloges épigénétiques. Il s’agit d’outils qui estiment l’« âge biologique » d’une personne à partir de petites modifications existantes de son ADN.
Les chercheurs ont comparé 704 adultes d’origine espagnole âgés pour voir si cet âge biologique pourrait être lié à la maladie d’Alzheimer et à certains biomarqueurs de la maladie présents dans le sang. Ils ont constaté que lorsque l’âge biologique est plus élevé que l’âge réel (ce que l’on appelle une accélération de l’âge), cela est corrélé au diagnostic de la maladie d’Alzheimer et à la présence de huit biomarqueurs sanguins importants dans le développement de la maladie, dont la protéine Tau pathologique. Ils ont aussi observé que certains types de cellules immunitaires, appelées CD4 et CD8, étaient associés à cette accélération de l’âge.

Cette approche innovante montre que le vieillissement biologique et le système immunitaire jouent un rôle clé dans le développement de la maladie d’Alzheimer. Les horloges épigénétiques sanguines pourraient donc devenir un outil prometteur pour dépister et suivre le risque de maladie d’Alzheimer. En conclusion, mesurer l’âge biologique dans le sang peut aider à identifier précocement les personnes à risque de développer la maladie d’Alzheimer, même avant l’apparition des premiers symptômes.

/ Ce qu’il faut retenir

1️⃣ Le manque de relations sociales constitue bien un risque d’accélération de l’apparition des symptômes de maladie d’Alzheimer.

2️⃣ La perte d’odorat pourrait être liée à une atteinte très précoce d’une région cérébrale appelée locus coeruleus, avant même l’apparition des premières lésions de maladies d’Alzheimer.

3️⃣ Les facteurs biologiques associés au risque d’Alzheimer ne sont pas identiques selon nos origines. Certaines protéines et métabolites sont spécifiques à certains groupes, ce qui souligne l’importance d’études dans des populations du monde entier.

4️⃣ La mesure de l’âge biologique en comparaison à l’âge réel est un indicateur pertinent dans le diagnostic précoce d’Alzheimer.

/ Rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode

Ces nouvelles recherches rappellent que la maladie d’Alzheimer ne se limite pas aux troubles de la mémoire. Elle s’inscrit dans une dynamique complexe où interviennent les relations sociales, les signaux sensoriels précoces, la diversité génétique et le vieillissement biologique. Mieux comprendre ces mécanismes permet d’affiner les stratégies de prévention et de repérer plus tôt les personnes à risque.

Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.


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