Comment se déroule le diagnostic de la maladie d’Alzheimer ?

Troubles de la mémoire, difficultés à s’exprimer, désorientationDifficulté à se situer dans l’espace et le temps (heure, date, saison et lieu) et à avoir connaissance de sa propre identité…, changements de comportement… Ces signes peuvent être inquiétants, pour la personne concernée comme pour son entourage. Pourtant, ils ne signifient pas automatiquement qu’il s’agit de la maladie d’Alzheimer.

Le diagnostic d’une maladie neurocognitive, comme la maladie d’Alzheimer, repose sur une démarche progressive et rigoureuse. Il n’existe pas un test unique qui permette, à lui seul, de poser immédiatement le diagnostic. Les médecins doivent suivent plusieurs étapes successives pour comprendre et diagnostiquer l’origine des troubles.

Cette démarche repose sur un principe essentiel : avant d’évoquer une maladie neurodégénérativeMaladie touchant le cerveau et tuant progressivement les neurones, entraînant ainsi des pertes de mémoire, des difficultés à réaliser des tâches quotidiennes…, il faut d’abord rechercher et éliminer d’autres causes possibles. On parle alors de diagnostic d’exclusion.

/ Qu’est-ce qu’un diagnostic d’exclusion ?

Les troubles cognitifs peuvent avoir des origines très diverses. Une personne peut présenter des difficultés de mémoire, d’attention ou de langage sans être atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ces symptômes peuvent par exemple être liés à une dépressionTrouble de l’humeur pouvant survenir lorsqu’une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer se rend compte de la dégradation de ses capacités intellectuelles…, à un trouble du sommeil, à des effets indésirables médicamenteux, à une carence, à une maladie générale ou à un autre trouble neurologique autre.

Le diagnostic d’exclusion consiste donc à vérifier, étape par étape, si les symptômes peuvent être expliqués par une autre cause. Cette démarche est essentielle, car certaines de ces causes sont traitables, voire réversibles.

Ce n’est qu’après avoir écarté les principales autres hypothèses que les médecins peuvent orienter le diagnostic vers une maladie neurocognitive, comme la maladie d’Alzheimer.

/ Une démarche en plusieurs étapes

Le diagnostic ne se fait généralement pas en une seule consultation. Il demande souvent plusieurs rendez-vous médicaux, afin de recueillir des informations précises, d’observer l’évolution des troubles et de croiser les résultats de différents examens.

L’ordre des étapes a toute son importance : les médecins commencent par rechercher des causes fréquentes et parfois réversibles, puis évaluent plus précisément les fonctions cognitivesCe sont nos capacités à interagir avec notre environnement, à mémoriser, apprendre, communiquer et effectuer n’importe quelle tâche du quotidien. et les images radiologiques du cerveau afin d’orienter le diagnostic.

La première étape consiste à écouter la personne qui consulte, mais aussi, très souvent, son entourage. Le médecin cherche à comprendre quels types de difficultés sont observés : oublis répétés, difficultés à trouver ses mots, problèmes d’organisation, désorientation, changements de comportement ou perte d’autonomie.

Il s’intéresse également à la date d’apparition des troubles, à leur évolution, à leur fréquence et à leur retentissement dans la vie quotidienne. Cette étape est essentielle, car elle permet de distinguer un oubli ponctuel d’un trouble plus durable et plus préoccupant.

Lorsque les troubles sont apparus brutalement ou se sont aggravés rapidement, le médecin doit d’abord vérifier qu’ils ne sont pas liés à une cause aiguë. Il peut s’agir, par exemple, d’un accident vasculaire cérébral, d’un état confusionnel aigu, d’une infection, d’une déshydratation ou d’un autre problème médical récent.

Ces situations nécessitent une prise en charge spécifique, parfois urgente. Elles ne relèvent pas du même mécanisme qu’une maladie neurocognitive évoluant lentement au fil du temps.

La dépression peut provoquer des troubles de la mémoire, de l’attention, de la concentration ou un ralentissement intellectuel. Chez certaines personnes, ces symptômes peuvent faire penser à une maladie neurocognitive.

Il est donc important d’évaluer l’humeur, la motivation, l’anxiétéL’anxiété est un sentiment de peur inexpliquée ou illogique faisant apparaître des inquiétudes sur des sujets qui ne préoccupaient pas vraiment auparavant,…, la qualité du sommeil et le contexte psychologique. Cette étape est essentielle, car une dépression peut être traitée et permet ainsi d’améliorer significativement les difficultés ressenties.

Certains médicaments peuvent altérer les fonctions cognitives, en particulier chez les personnes âgées. C’est notamment le cas de certains somnifères, anxiolytiques, médicaments ayant des effets indésirables anticholinergiques ou, plus largement, de plusieurs traitements pris simultanément.

Le médecin vérifie donc les traitements pris leur dosage, leur ancienneté et leurs éventuels effets secondaires. Dans certains cas, une adaptation du traitement peut permettre une amélioration.

Le sommeil joue un rôle important dans la mémoire, l’attention et le bon fonctionnement cognitif. Des troubles comme l’apnée du sommeil, les réveils fréquents ou un sommeil de mauvaise qualité peuvent entraîner fatigue, difficultés de concentration et troubles mnésiques.

Cette étape permet là encore d’identifier une cause potentiellement traitable, qui peut mimer ou aggraver des troubles cognitifs.

Des examens sanguins sont souvent prescrits afin de rechercher certaines causes médicales générales pouvant expliquer les symptômes. Il peut s’agir, par exemple, d’une carence en vitamine B12 ou en folates, d’un trouble thyroïdien, d’un déséquilibre métabolique ou d’autres anomalies biologiques.

Ce bilan fait partie intégrante du diagnostic d’exclusion. Il permet de ne pas passer à côté d’une cause réversible ou d’un facteur aggravant.

À ce stade, les médecins ont déjà recherché plusieurs causes fréquentes, parfois réversibles, pouvant expliquer les troubles. C’est le cœur même de la démarche diagnostique : ne pas conclure trop vite à une maladie d’Alzheimer sans avoir éliminé d’autres hypothèses.

Lorsque les premières causes ont été explorées, le médecin peut proposer des tests cognitifs standardisés. Ces tests permettent d’évaluer différentes fonctions : mémoire, attention, langage, orientation, capacités visuo-spatiales, raisonnement ou fonctions exécutivesCe sont nos capacités à planifier, à contrôler ce que l’on fait ou dit et à s’adapter aux situations..

Ils ne permettent pas, à eux seuls, de poser un diagnostic définitif, mais ils aident à objectiver les difficultés, à mesurer leur intensité et à mieux comprendre leur profil. Selon les situations et la charge de travail du médecin traitant, un bilan plus approfondi effectué par un ou une neuropsychologuePsychologue spécialiste des liens entre le fonctionnement du cerveau, les facultés mentales d’une personne et sa vie quotidienne. peut également être réalisé.

Une imagerie cérébrale, le plus souvent une IRMExamen d’imagerie permettant de voir l’intérieur les organes grâce à un appareil qui émet des ondes électromagnétiques dans les atomes d’hydrogène qui…, est généralement prescrite dans le cadre du bilan. Elle permet de rechercher d’éventuelles lésions, comme des séquelles vasculaires, une tumeur, un hématome ou d’autres anomalies, mais aussi d’observer une éventuelle atrophie de certaines régions du cerveau.

L’imagerie aide ainsi à affiner l’orientation diagnostique et à distinguer différents types de maladies neurocognitives.

/ Comment le diagnostic est-il ensuite orienté ?

Une fois les différentes étapes réalisées, les médecins croisent l’ensemble des informations recueillies : symptômes, évolution, tests cognitifs, bilan biologique, imagerie cérébrale et, si besoin autres examens complémentaires. Cette phase est souvent effectuée dans un centre mémoire spécialisé.

Selon le profil observé, ils peuvent orienter le diagnostic vers différentes maladies neurocognitives. Certaines atteintes de la mémoire et de régions particulières du cerveau peuvent évoquer la maladie d’Alzheimer. D’autres profils peuvent orienter vers une maladie vasculaire, une maladie à corps de LewyMaladie neurodégénérative caractérisée par l’accumulation, à l’intérieur des cellules du cerveau, d’une protéine appelée alpha-synucléine et provoquant des troubles du langage, de… ou une maladie frontotemporale.

Dans certains cas, des examens plus spécialisés peuvent être proposés pour affiner le diagnostic, comme un bilan neuropsychologique approfondi, une ponction lombaireExamen lors duquel est prélevé le liquide céphalo-spinal à l’aide d’une aiguille qui passe entre des vertèbres dans le bas du dos.… pour la recherche de certains biomarqueurs.

/ Le rôle essentiel des proches aidants

Les proches aidants ont une place importante dans le diagnostic. Ils sont souvent les premiers à remarquer de discrets changements : répétition de questions, difficultés à gérer certaines tâches, oublis inhabituels, désorientation, changements de comportement ou perte d’initiative.

Leur témoignage est précieux, car il permet d’apporter un éclairage concret sur la vie quotidienne de la personne concernée et sur l’évolution des troubles dans le temps. Dans de nombreux cas, la personne elle-même ne perçoit pas pleinement ses difficultés ou les minimise.

Le rôle des aidants ne s’arrête pas au diagnostic. Ils sont également des interlocuteurs essentiels pour accompagner la personne dans son parcours de soins, comprendre les examens proposés, préparer les consultations et soutenir la mise en place d’un accompagnement adapté.

/ Tous les troubles de mémoire ne sont pas liés à la maladie d’Alzheimer

Il est important de rappeler que les troubles de la mémoire ne signifient pas systématiquement qu’il s’agit de la maladie d’Alzheimer. Le vieillissement normal, le stress, l’anxiété, la fatigue, certaines maladies ou certains traitements peuvent aussi expliquer des oublis ou des difficultés d’attention.

C’est précisément pour cette raison que le diagnostic doit être progressif, prudent et fondé sur une évaluation complète.

/ En cas de doute, qui consulter ?

Face à des troubles de la mémoire, du langage, de l’orientation ou à des changements inhabituels chez un proche, le premier réflexe est de consulter votre médecin traitant. Il pourra réaliser une première évaluation, rechercher certaines causes fréquentes et orienter, si nécessaire, vers une consultation spécialisée.

Selon les situations, la personne pourra ensuite être adressée à une consultation mémoireConsultation permettant d’analyser les troubles de la mémoire qui auraient été repérés par exemple par le médecin généraliste. Celui-ci va alors confier…, à un neurologue, à un gériatre, à un psychiatre Ces professionnels disposent d’une expertise spécifique pour évaluer les troubles cognitifs et organiser un bilan plus approfondi.

Consulter tôt permet de mieux comprendre la situation, d’identifier d’éventuelles causes traitables et, si une maladie neurocognitive est confirmée, de mettre en place un accompagnement adapté pour la personne malade et ses proches.

/ Un diagnostic progressif pour mieux accompagner

Le diagnostic d’une maladie neurocognitive comme la maladie d’Alzheimer repose donc sur une démarche progressive et rigoureuse, qui consiste d’abord à éliminer les autres causes possibles avant d’orienter vers une maladie neurodégénérative.

Cette approche peut sembler longue, mais elle est essentielle pour éviter les erreurs de diagnostic et proposer la prise en charge la plus adaptée possible. Mieux comprendre ce processus, c’est aussi mieux accompagner les personnes concernées et leurs proches.

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