Alzheimer : les nouveaux traitements tiennent-ils leurs promesses dans le temps ?

Ces dernières années, l’arrivée de nouveaux traitements anti-amyloïdes a marqué une étape importante dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer. Le lécanémab et le donanémab, deux anticorps monoclonaux capables de cibler les dépôts de protéine bêta-amyloïdePetite protéine présente dans le cerveau, provenant du clivage d’une grande protéine appelée APP. dans le cerveau, ont suscité beaucoup d’espoir et largement alimenté l’actualité scientifique et médiatique.

Les essais cliniques de phase 3 ont en effet montré que ces traitements permettaient de ralentir modestement le déclin cognitif et fonctionnel chez certaines personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer à un stade précoce. Sur une période d’environ 18 mois, la différence observée par rapport au placeboProduit présenté comme un médicament mais qui n’a en réalité aucun effet propre sur la santé. C’est le simple fait de prendre… correspondait à un ralentissement relatif d’environ 25 à 35 % sur l’échelle clinique utilisée dans ces essais.

Mais une question essentielle demeure : que devient ce bénéfice lorsque le traitement et le suivi se prolongent ?

Une analyse publiée en août 2026 dans BMJ Neurology Open apporte de nouveaux éléments. Ses résultats invitent à regarder avec prudence les données à long terme actuellement disponibles sur ces traitements.

/ Des premiers résultats qui ont suscité beaucoup d’espoir

Le lécanémab et le donanémab ciblent la protéineÉlément biologique composée de petites molécules, appelées acides aminés, présent dans les cellules de tous les êtres vivants et dont le rôle… bêta-amyloïde, dont l’accumulation dans le cerveau constitue l’une des caractéristiques biologiques de la maladie d’Alzheimer.

Les essais Clarity-AD, pour le lécanémab, et TRAILBLAZER-ALZ 2, pour le donanémab, ont comparé ces traitements à un placebo administré pendant environ 18 mois chez des personnes présentant une maladie d’Alzheimer à un stade précoce.

Les résultats ont montré une élimination importante des plaques amyloïdesAccumulation de protéines Bêta-amyloïde dans le cerveau, qui, au lieu d’être éliminées naturellement par le corps, restent, se regroupent et forment des… ainsi qu’une différence statistiquement significative sur le déclin cognitif et fonctionnel en faveur des groupes traités par les 2 médicaments.

Ces résultats ont constitué une avancée importante pour la recherche. Mais observer un ralentissement du déclin pendant 18 mois ne permet pas encore de savoir comment cet effet évolue sur plusieurs années.

C’est précisément cette question du temps long qui est aujourd’hui au cœur des discussions.

/ Pourquoi les résultats à long terme sont-ils plus difficiles à interpréter ?

À l’issue des phases contrôlées des essais, les participants ont pu poursuivre les traitements dans le cadre d’extensions dites « ouvertes ».

La différence méthodologique est importante. Durant la première phase, les participants sont répartis à l’aveugle entre un groupe recevant le traitement et un groupe recevant un placebo. Lors de l’extension ouverte, tous les participants reçoivent le même traitement.

Il n’existe donc plus de groupe placebo suivi simultanément permettant de comparer directement l’évolution des personnes traitées et non traitées pour analyser l’effet propre du médicament testé.

Afin de combler partiellement cette absence de groupe témoin, pour évaluer l’efficacité à plus long terme, les résultats de ces extensions ont notamment été comparés à ceux de cohortes historiques de personnes non traitées. Ces comparaisons ont suggéré que le bénéfice pouvait continuer à augmenter avec la poursuite du traitement.

Mais cette méthode présente des limites. Les personnes qui poursuivent longtemps un essai ne sont pas nécessairement représentatives de l’ensemble des participants initiaux. Celles qui tolèrent mieux le traitement, qui rencontrent moins d’effets indésirables ou qui évoluent plus lentement, peuvent notamment être davantage représentées parmi les personnes restant suivies.

C’est cette question méthodologique que les auteurs de la nouvelle publication ont souhaité examiner en détails.

/ Que montre cette nouvelle analyse ?

Les chercheurs se sont appuyés sur les données cliniques publiquement disponibles des essais du lécanémab et du donanémab pour comparer la vitesse du déclin pendant la phase contrôlée à celle observée lors de l’extension ouverte.

Chez les participants ayant reçu le lécanémab dès le début de l’essai, le déclin mesuré par l’échelle CDR-SB était de 0,78 point par an pendant la phase contrôlée, contre 1,30 point par an pendant l’extension ouverte.

Un phénomène comparable a été observé avec le donanémab : le déclin passe de 1,07 point par an pendant la phase contrôlée à 1,73 point par an lors de l’extension.

Surtout, lorsque les chercheurs regroupent les données, le rythme du déclin observé pendant les extensions ouvertes se rapproche de celui constaté dans les groupes placebo pendant les phases contrôlées.

Autrement dit, alors que les premières données à long terme avaient été interprétées comme le signe d’un bénéfice qui continuerait à augmenter avec la durée du traitement, cette nouvelle analyse conduit à une lecture beaucoup plus nuancée.

Pour les auteurs, ces résultats ne permettent pas de confirmer que le bénéfice clinique observé initialement se renforce avec le temps.

/ Des résultats qui doivent eux aussi être considérés avec prudence

Cette publication ne permet cependant pas d’affirmer que le lécanémab et le donanémab cessent d’agir après 18 mois, ni qu’ils accélèrent nécessairement la progression de la maladie.

Il ne s’agit pas d’un nouvel essai clinique randomisé comparant pendant plusieurs années des personnes traitées à un groupe placebo. L’analyse repose en partie sur des simulations mathématiques élaborées à partir de données agrégées issues des essais déjà publiés.

Les auteurs reconnaissent eux-mêmes plusieurs limites méthodologiques et évoquent différentes explications possibles aux résultats observés, notamment la disparition d’un éventuel effet placebo après la levée de l’aveugle, les changements liés au contexte de l’essai ou encore la sélection des participants poursuivant l’étude.

La conclusion doit donc rester mesurée : ces nouvelles données questionnent la persistance et l’ampleur du bénéfice clinique à long terme des traitements anti-amyloïdes et montrent que nous avons encore besoin de recul pour les évaluer.

/ Éliminer l’amyloïde ne signifie pas nécessairement modifier durablement la maladie

Cette étude remet également au centre une question essentielle dans l’évaluation de ces nouveaux traitements.

Le lécanémab et le donanémab entraînent une diminution très importante de la charge amyloïde cérébrale. Pourtant, l’effet observé sur les capacités cognitives et fonctionnelles reste beaucoup plus modeste.

Il est donc essentiel de distinguer l’effet biologique d’un traitement, c’est-à-dire sa capacité à agir sur une cible comme l’amyloïde, de son bénéfice clinique, c’est-à-dire ce qu’il change concrètement dans l’évolution de la maladie et dans la vie des personnes concernées.

Une diminution spectaculaire d’un biomarqueurUn biomarqueur est un indicateur, une marque, un indice mesurable dans le corps, et qui donne une information sur une maladie ou… dans le cerveau ne signifie pas nécessairement un bénéfice clinique de même ampleur. Et surtout, elle ne suffit pas à démontrer que la trajectoire de la maladie sera durablement modifiée.

/ Informer sans promettre : la position de la Fondation Alzheimer

Depuis l’annonce des premiers résultats des traitements anti-amyloïdes, la Fondation Alzheimer suit avec attention les avancées de la recherche dans ce domaine. Son rôle n’est ni de promouvoir un traitement, ni de le dévaloriser, mais de rendre accessibles toutes les connaissances scientifiques disponibles, avec leurs résultats, leurs limites et leurs incertitudes, afin que tout un chacun puisse se faire sa propre opinion et choisir le cas échéant en connaissance de cause.

L’arrivée de traitements capables d’agir sur certains mécanismes biologiques de la maladie constitue une avancée importante. Elle ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques et contribue à faire progresser notre compréhension de la maladie d’Alzheimer.

Mais une annonce positive, aussi encourageante soit-elle, ne constitue jamais la fin de l’histoire scientifique. L’efficacité d’un médicament doit s’apprécier dans la durée, au regard de son bénéfice clinique, de ses risques, de ses contraintes et des personnes auxquelles il s’adresse.

C’est pourquoi la Fondation Alzheimer défend depuis le début une lecture mesurée des résultats concernant les traitements anti-amyloïdes : reconnaître les avancées lorsqu’elles sont démontrées, sans anticiper ce que les données scientifiques ne permettent pas encore d’affirmer.

/ En recherche, le temps long compte

Cette nouvelle publication ne referme pas la voie des traitements anti-amyloïdes. Elle apporte une nouvelle pièce à un dossier scientifique qui continue d’évoluer. Les données disponibles ne conduisent d’ailleurs pas toutes aux mêmes interprétations. Les publications issues des extensions des essais ont conclu à la persistance, voire à l’accroissement, du bénéfice à plus long terme. Cette nouvelle analyse questionne la manière dont ces résultats ont été établis et interprétés. Cette confrontation fait partie intégrante de la démarche scientifique.

Les prochains travaux devront permettre de mieux déterminer si le bénéfice observé se maintient dans le temps, dans quelle proportion, pour quels patients et avec quel rapport entre bénéfices, risques et contraintes.

La recherche sur la maladie d’Alzheimer ne se limite par ailleurs pas à l’amyloïde. De nombreuses autres voies sont aujourd’hui explorées, autour de la protéine Tau, de la neuroinflammationInflammation dans le cerveau due au fait que des cellules, chargées de nettoyer le cerveau de l’accumulation des protéines anormales, deviennent trop…, des mécanismes vasculaires, du métabolisme ou encore du système immunitaire.

Face à une maladie aussi complexe qu’Alzheimer, chaque avancée mérite d’être considérée avec intérêt. Mais l’espoir suscité par un nouveau traitement ne doit jamais se substituer au temps nécessaire à son évaluation scientifique.

Source : Dwivedi AK, Imbimbo BP, Abanto J, Espay AJ. Comparison of double-blind and open-label decline rates in lecanemab and donanemab trials in Alzheimer’s disease. BMJ Neurology Open. 2026;8:e001649. doi:10.1136/bmjno-2026-001649.

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