Quel rôle jouent l’inflammation et la génétique dans la maladie d’Alzheimer ? Cette semaine, plusieurs études s’intéressent aux liens entre système immunitaire, mutations génétiques et progression de la maladie. Les chercheurs s’intéressent notamment aux mécanismes inflammatoires du cerveau, à certaines cellules immunitaires impliquées dans Alzheimer, mais aussi aux nouvelles pistes thérapeutiques ciblant le gène APOE4C’est le variant 4 du gène codant une protéine appelée apolipoprotéine E, considéré comme un facteur de risque de la maladie d’Alzheimer.… ou les traitements anti-amyloïdes.
/ Les actualités de la semaine
1. Inflammation et génétique : de nouveaux liens avec Alzheimer
L’inflammation du cerveau, appelée neuroinflammationInflammation dans le cerveau due au fait que des cellules, chargées de nettoyer le cerveau de l’accumulation des protéines anormales, deviennent trop…, est aujourd’hui considérée comme un mécanisme important dans la maladie d’Alzheimer. Elle implique notamment des cellules qui soutiennent et protègent les neurones, les cellules gliales, ainsi que des molécules responsables de la communication du système immunitaire, les cytokines.
Cette nouvelle étude menée en Chine a cherché à comprendre comment certaines variations génétiques liées à l’inflammation pouvaient influencer le risque de développer la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont comparé 160 personnes atteintes d’une forme tardive et sporadique (c’est-à-dire non héréditaire) d’Alzheimer à 280 personnes âgées sans troubles intellectuels.
Ils ont mesuré les niveaux de plusieurs cytokines dans le sang et analysé certaines variations génétiques, correspondent à de petites différences dans l’ADN entre les individus.
Les résultats des travaux montrent que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer présentaient des taux plus élevés de cytokines inflammatoires dans le sang. Certaines variations génétiques, situées dans des gènes impliqués dans l’inflammation étaient également associées à un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont aussi observé un lien entre ces variations génétiques et les niveaux élevés de cytokines mesurés dans le sang.
Ces résultats suggèrent qu’une partie du risque de survenue de la maladie d’Alzheimer pourrait être liée à la manière dont le système immunitaire réagit à l’inflammation. Cependant, cette étude ne met en évidence que des associations et ne permet pas d’établir un lien de cause à effet.
Les auteurs rappellent également que l’augmentation des cytokines dans le sang pourrait refléter une inflammation générale de l’organisme, et pas uniquement une inflammation spécifique du cerveau.
2. Des mutations dans les cellules immunitaires du cerveau liées à Alzheimer
Une nouvelle étude suggère que certaines mutations génétiques acquises au cours de la vie pourraient contribuer au développement de la maladie d’Alzheimer. Ces mutations, appelées « variants somatiques », apparaissent progressivement avec l’âge dans certaines cellules de l’organisme.
Les chercheurs se sont intéressés aux principales cellules immunitaires du cerveau, les microglies. Ces cellules jouent un rôle important dans les mécanismes inflammatoires observés dans la maladie d’Alzheimer. En analysant des centaines d’échantillons de cerveaux humains, les scientifiques ont découvert une charge importante de modifications de l’ADN appelées mutations dans les cellules de type microglial chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Lorsque les cellules se divisent elles font parfois des erreurs dans les copies de l’ADN qu’elles transmettent aux cellules filles, et plus l’âge avance, plus ces modifications génétiques s’accumulent. Certaines de ces mutations touchent des gènes déjà impliqués dans des cancers ou des anomalies sanguines liées au vieillissement.
Par ailleurs, les équipes de recherche ont observé que ces cellules mutées avaient tendance à davantage se multiplier et à adopter un comportement inflammatoire. Cette inflammation pourrait favoriser les lésions cérébrales et la dégénérescence des neurones. Les chercheurs ont également retrouvé certaines de ces anomalies dans des cellules sanguines, ce qui suggère qu’une partie des cellules immunitaires retrouvées dans le cerveau pourrait être liée à des cellules provenant du sang.
Pour confirmer leurs résultats, les scientifiques ont recréé ces mutations génétiques dans des cellules humaines cultivées en laboratoire. Ces cellules présentaient elles aussi des signes d’inflammation similaires à ceux observés dans la maladie d’Alzheimer.
Cette étude met en évidence un possible lien entre vieillissement, mutations génétiques acquises et inflammation cérébrale dans la maladie d’Alzheimer. Elle ouvre ainsi de nouvelles pistes de recherche pour mieux comprendre les mécanismes de la maladie et identifier de futures cibles thérapeutiques.
3. APOE3 : une piste prometteuse contre les effets du gène APOE4 dans la maladie d’Alzheimer
Une variante génétique appelée APOE4 (apolipoprotéine E4) est aujourd’hui le principal facteur de susceptibilité génétique de la maladie d’Alzheimer dite « sporadique », c’est-à-dire non héréditaire. Cette variante favorise l’apparition de plusieurs anomalies associées à la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs cherchent donc des moyens de limiter ses effets sur le cerveau.
Dans cette étude récente, des scientifiques en Chine se sont intéressés à une autre variante génétique, beaucoup plus rare, appelée APOE3 Christchurch (APOE3Ch). Cette variante pourrait avoir un effet protecteur contre la maladie d’Alzheimer. Les rares individus qui ont sont affectés développent beaucoup plus rarement une maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont introduit le gèneMorceau d’ADN qui contient les informations nécessaires pour produire une protéine ou un peptide. APOE3Ch dans le foie de souris porteuses du gène humain APOE4, afin d’étudier les effets de ce nouveau gène sur le cerveau.
Les résultats montrent que l’expression du gène APOE3Ch dans le foie a réduit la quantité des dépôts amyloïdes dans le cerveau associés à la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont également observé une diminution de la neuroinflammation, c’est-à-dire l’inflammation chronique du cerveau, ainsi que la neurodégénérescence, correspondant à la perte progressive des neurones. Les souris présentaient aussi moins de troubles cognitifs, notamment au niveau de la mémoire.
Les équipes de recherche ont enfin démontré que cette variante du gène APOE améliore l’élimination de la protéineÉlément biologique composée de petites molécules, appelées acides aminés, présent dans les cellules de tous les êtres vivants et dont le rôle… amyloïde grâce à l’action de certaines cellules immunitaires du sang et du foie.
Ces résultats suggèrent donc qu’une thérapie génique ciblant le foie pourrait devenir une piste prometteuse pour limiter certains mécanismes associés à la maladie d’Alzheimer chez les personnes porteuses du gène APOE4. Cependant, ces résultats ont été obtenus chez la souris et devront être confirmés chez l’humain.
4. Lecanemab : la FDA reporte sa décision sur la forme sous-cutanée
L’Agence américaine du médicament (FDA) a repoussé sa décision concernant une nouvelle forme du lecanemab, un traitement anti-amyloïdeTraitement qui a pour but d’empêcher l’apparition de plaques amyloïdes dans le cerveau, qui sont impliquées dans la maladie d’Alzheimer. contre la maladie d’Alzheimer développé par les laboratoires pharmaceutiques Eisai et Biogen. Ce médicament est un anticorps anti-amyloïde, c’est-à-dire un traitement conçu pour éliminer les dépôts amyloïdes présents dans le cerveau des patients.
La demande concernait une administration « sous-cutanée », réalisée sous la peau, contrairement à la forme actuelle donnée par perfusion intraveineuse. Cette nouvelle méthode est considérée comme plus simple et plus pratique pour les patients.
La FDA devait rendre sa décision en mai 2026, mais celle-ci est désormais reportée à août 2026.
Ce délai doit permettre à l’agence d’examiner des informations supplémentaires demandées aux laboratoires. Ces nouvelles données concernent principalement le passage d’une administration par perfusion vers une injection sous-cutanée.
En parallèle, plusieurs autres laboratoires pharmaceutiques développent des traitements anti-amyloïdes administrés sous la peau afin de simplifier leur utilisation. Pour rappel, la FDA avait déjà autorisé en 2025 une forme sous-cutanée du lecanemab pour les doses d’entretien.
/ En bref : ce qu’il faut retenir
1️⃣ Certaines variations génétiques liées à l’inflammation sont associées à un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer et à des niveaux plus élevés de cytokines inflammatoires.
2️⃣ Des mutations génétiques acquises avec l’âge dans certaines cellules immunitaires du cerveau pourraient contribuer aux mécanismes inflammatoires observés dans la maladie d’Alzheimer.
3️⃣ Une variante rare du gène APOE pourrait limiter certains effets délétères du gène APOE4 dans des modèles expérimentaux de la maladie d’Alzheimer chez la souris.
4️⃣ La FDA a repoussé sa décision concernant une nouvelle forme injectable sous la peau du lecanemab, un traitement anti-amyloïde contre la maladie d’Alzheimer.
/ Rendez-vous la semaine prochaine
Ces travaux montrent la diversité des pistes actuellement explorées dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer, qu’il s’agisse de génétique, d’inflammation cérébrale ou de nouveaux traitements.
Ils permettent d’approfondir les connaissances sur les mécanismes impliqués dans la maladie et pourraient contribuer, à terme, au développement de nouvelles approches thérapeutiques.
Nous vous donnons rendez-vous dimanche prochain pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche et pour continuer à suivre ensemble les avancées de la science sur le cerveau.

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