Minute Cerveau & Recherche – Episode 44

Pourquoi certaines personnes gardent-elles une bonne mémoire en vieillissant ? Une prise de sang peut-elle aider à mieux comprendre des troubles de la mémoire ? Et comment une protéineÉlément biologique composée de petites molécules, appelées acides aminés, présent dans les cellules de tous les êtres vivants et dont le rôle… anormale s’installe-t-elle dans le cerveau ?

Chaque mois, la Minute Cerveau & Recherche vous explique avec des mots simples ce que les chercheurs découvrent sur le cerveau et sur les maladies neurocognitives comme Alzheimer. Ce mois-ci, nous avons choisi trois études récentes.

/ L’essentiel en 30 secondes

  • Mémoire et vieillissement : chez la souris, une enzyme du cerveau appelée PLA2G2F aide à protéger la mémoire. C’est une piste de recherche, pas encore un traitement.
  • Prise de sang : dans une étude auprès de 220 personnes qui consultaient pour des troubles de la mémoire, connaître plus tôt les résultats de deux marqueurs sanguins a aidé les médecins à mieux comprendre l’origine des troubles, sans rendre les patients plus anxieux ni plus déprimés.
  • Protéine tauProtéine située à l’intérieur des neurones et qui permet de maintenir, de stabiliser le squelette de celui-ci. : chez la souris, l’administration de la protéine tau anormale de cerveaux de personnes malades pousse la tau de l’animal à prendre la même forme anormale. Cela ne veut pas dire que la maladie d’Alzheimer est contagieuse.

/ Mémoire et vieillissement : une molécule du cerveau pourrait aider à protéger la mémoire

Avec l’âge, certaines personnes gardent une très bonne mémoire, alors que d’autres perdent plus vite leurs repères. Les chercheurs pensent que le cerveau dispose de systèmes de protection naturels. Cette capacité à bien résister s’appelle la réserve cognitive.

Dans une étude publiée en octobre 2026, des chercheurs se sont intéressés à PLA2G2F. C’est une enzyme : une molécule que les cellules fabriquent pour faire fonctionner l’organisme. Avec l’âge, certains neurones de l’hippocampePetite région du cerveau située dans les lobes temporaux et responsable de la mémoire et de l’apprentissage. en produisent davantage. L’hippocampe est la région du cerveau essentielle à la mémoire et aux apprentissages.

Les chercheurs ont mené leurs expériences sur des souris âgées. Quand ils supprimaient cette enzyme, le cerveau vieillissait moins bien : les neurones avaient moins de connexions entre eux (les synapses), le cerveau était plus enflammé et les souris se souvenaient moins bien. Quand ils en augmentaient la production, ces problèmes diminuaient et les souris gardaient une meilleure mémoire.

L’enzyme semble aussi aider le cerveau à mieux gérer ses graisses (les lipides). Elles sont utiles aux cellules, mais néfastes quand elles s’accumulent en excès. L’enzyme agit aussi sur la microglie, les cellules de défense du cerveau, qui jouent un rôle dans l’inflammation.

Chez l’être humain, une plus forte production de cette enzyme a été associée à une meilleure résilience cognitive : la capacité de garder ses fonctions de mémoire et de réflexion malgré les changements du cerveau. Attention : c’est un lien observé, qui ne prouve pas que l’enzyme en soit la cause.

Ce que cela veut dire. Pour l’instant, rien ne change pour les patients : aucun traitement n’existe à partir de cette découverte, et on ne sait pas encore si ce qui se passe chez la souris se passe aussi chez l’être humain. Mais cette étude aide à comprendre pourquoi certains cerveaux résistent mieux au temps, et elle ouvre de nouvelles pistes de recherche.

/ Alzheimer : une prise de sang peut-elle aider à comprendre plus tôt l’origine des troubles de la mémoire ?

Aujourd’hui, certaines prises de sang permettent de repérer des signes liées à la maladie d’Alzheimer. On les appelle des marqueurs biologiques (ou biomarqueurs). Une question restait ouverte : est-il utile de communiquer ces résultats rapidement aux médecins et aux patients ?

Des chercheurs espagnols ont suivi 220 personnes venues en consultation mémoireConsultation permettant d’analyser les troubles de la mémoire qui auraient été repérés par exemple par le médecin généraliste. Celui-ci va alors confier… pour des déclin cognitivf subjectif, un trouble cognitif léger ou une démence légère, dont la cause n’était pas encore connue. Deux marqueurs ont été mesurés dans leur sang :

  • la p-tau217, un marqueur lié aux changements du cerveau propres à la maladie d’Alzheimer ;
  • la NfL, un marqueur qui signale que des neurones sont touchés, sans dire pourquoi : il n’est pas propre à la maladie d’Alzheimer.

Les participants ont été répartis par tirage au sort en deux groupes. Dans le premier (112 personnes), les résultats ont été communiqués au bout de 3 mois. Dans le second (108 personnes), au bout de 9 mois seulement.

Ce qu’ils ont trouvé. À 3 mois, le neurologueMédecin spécialiste du cerveau, des nerfs et de la moelle épinière, ainsi que des maladies qui les touchent. était presque certain de la cause des troubles (au moins 90 % de certitude) pour 1 personne sur 2 (50 %) dans le groupe qui avait reçu ses résultats, contre 4,6 % dans l’autre groupe, qui n’avait pas encore reçu les siens. Le diagnostic a aussi été modifié plus souvent (23,3 % contre 7,0 %) : la prise de sang a parfois fait évoluer l’avis du médecin. Les patients ont aussi commencé plus tôt un traitement symptomatique destiné à soulager les premiers signes, et ont eu moins souvent besoin de refaire des tests de mémoire pour préciser le diagnostic.

Et sur le moral ? On pouvait craindre qu’apprendre ces résultats plus tôt inquiète davantage. L’étude ne l’a pas observé : ces personnes n’étaient ni plus anxieuses ni plus déprimées, leur qualité de vie n’a pas baissé, et leur niveau de stress ressenti a même évolué de façon plus favorable.

Ce que cela veut dire. Cette étude a été menée dans un seul hôpital, auprès de personnes qui avaient déjà des troubles et consultaient en centre mémoire. Elle ne concerne pas les personnes sans symptômes. Une prise de sang ne remplace ni la consultation, ni les tests de mémoire, ni les autres examens. Si vous vous inquiétez pour votre mémoire ou celle d’un proche, parlez-en à votre médecin.

/ Alzheimer : comment la protéine tau anormale s’installe t-elle dans le cerveau ?

Dans la maladie d’Alzheimer, comme dans d’autres maladies du cerveau, une protéine appelée tau, présente normalement dans les neurones, change de forme. Devenue anormale, elle s’agglutine en amas à l’intérieur des neurones et entraine des dysfonctionnements. Les chercheurs veulent comprendre comment ces amas se forment et s’étendent dans le cerveau.

Une étude publiée dans la revue Nature (« Prion-like transmission of human tau strains in the mouse brain ») s’est penchée sur ce point. Les chercheurs ont prélevé des fibres de protéine tau anormale dans des cerveaux de personnes décédées, atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une autre maladie neurocognitive, la dégénérescence corticobasale. Ces personnes avaient fait don de leur cerveau à la recherche. Ces fibres ont ensuite été injectées dans le cerveau de souris sans particularité génétique.

Ce qu’ils ont observé. La tau anormale provenant de cerveaux humains a poussé la tau naturelle de la souris à s’agréger à son tour. Les nouvelles fibres avaient la même forme que celles qui avaient été injectées, et chaque maladie (Alzheimer ou dégénérescence corticobasale avait gardé sa forme propre. C’est un peu comme un moule : la forme anormale sert de modèle, et les protéines saines sont poussées à la copier.

Les scientifiques parlent de « propagation de type prion » : une protéine mal repliée sert de modèle aux autres. Ce terme décrit seulement ce mécanisme de copie. Il pourrait aider à expliquer certaines différences entre les maladies liées à la protéine tau.

Ce que cela veut dire, et ne veut pas dire. La maladie d’Alzheimer ne se transmet pas d’une personne à l’autre. Ici, les fibres ont été injectées directement dans le cerveau de souris, en laboratoire, et les animaux n’ont pas développé les maladies humaines. Il s’agit de recherche fondamentale : elle aide à mieux comprendre la maladie pour à terme meiux la traiter.

/ Questions fréquentes

Une prise de sang peut-elle diagnostiquer la maladie d’Alzheimer ? Pas à elle seule. Certaines prises de sang repèrent des traces liées à la maladie, mais le diagnostic repose sur un ensemble d’éléments : consultation, tests de mémoire et autres examens. Dans l’étude présentée ci-dessus, connaître ces résultats plus tôt a aidé les médecins à mieux comprendre l’origine des troubles.

La maladie d’Alzheimer est-elle contagieuse ? Non. La maladie d’Alzheimer ne se transmet pas directement d’une personne à l’autre. L’étude sur la protéine tau décrit un mécanisme observé chez des souris, en laboratoire, après une injection directe dans leur cerveau.

Qu’est-ce que la réserve cognitive ? C’est la capacité du cerveau à bien continuer à fonctionner malgré l’âge ou certaines lésions. Elle peut expliquer pourquoi certaines personnes gardent mieux leur mémoire que d’autres.

Qu’est-ce que la protéine tau ? Une protéine présente normalement dans les neurones. Dans la maladie d’Alzheimer, elle change de forme et s’agglutine en amas à l’intérieur des neurones, ce qui entraine des dysfonctionnements.

/ Conclusion

Trois études, trois façons de faire avancer les connaissances : comprendre ce qui aide le cerveau à mieux résister au temps, mieux repérer l’origine des troubles de la mémoire grâce à une prise de sang, et mieux connaître la façon dont la maladie s’installe. Plusieurs résultats ont été obtenus chez la souris et doivent encore être confirmés chez l’être humain. Ils montrent que la recherche avance, pas à pas.

Rendez-vous le dimanche 6 décembre 2026 pour un nouvel épisode de la Minute Cerveau & Recherche.

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