Pourquoi certaines personnes conservent-elles leurs capacités cognitives malgré les lésions de la maladie d’Alzheimer ? Quel rôle joue le gène APOE4C’est le variant 4 du gène codant une protéine appelée apolipoprotéine E, considéré comme un facteur de risque de la maladie d’Alzheimer.… ? Pourquoi un traumatisme crânien augmente-t-il le risque de développer une maladie neurocognitive ?
Chaque premier dimanche du mois, la Fondation Alzheimer décrypte une sélection de publications scientifiques récentes pour vous aider à mieux comprendre les découvertes qui font avancer la recherche.
/ Les actualités scientifique parues au mois de juillet
1. Des neurones « jeunes » cachés dans notre cerveau ?
Notre cerveau est principalement composé de neurones arrivés à maturité. Pourtant, de petites populations de neurones dits « immatures », qui présentent encore certaines caractéristiques associées au développement, pourraient persister dans le cerveau humain jusque tard dans la vie.
Une équipe de chercheurs s’est intéressée à ces cellules présentes dans l’hippocampePetite région du cerveau située dans les lobes temporaux et responsable de la mémoire et de l’apprentissage., une région essentielle à la mémoire et à l’apprentissage. En analysant des tissus cérébraux de personnes âgées, les chercheurs ont identifié ces neurones chez des individus en bonne santé, atteints de la maladie d’Alzheimer, mais aussi chez des personnes dites « résilientes », dont le cerveau présentait les lésions caractéristiques de la maladie sans qu’elles n’aient développé de troubles cognitifs. Les analyses montrent que ces neurones possèdent des caractéristiques biologiques associées à un état plus « jeune ». En revanche, chez les personnes atteintes d’une forme sévère de la maladie d’Alzheimer, leurs programmes génétiques apparaissent altérés, notamment ceux impliqués dans la protection et la survie des cellules nerveuses. À l’inverse, ces mécanismes semblent mieux préservés chez les personnes résilientes.
Les chercheurs pensent que ces neurones dits « immatures » pourraient contribuer au maintien du bon fonctionnement de l’hippocampe et participer à la résilience cognitive.
Ces résultats ouvrent une nouvelle piste de recherche pour mieux comprendre les mécanismes qui permettent à certaines personnes de préserver leurs capacités cognitives malgré la présence de lésions cérébrales.
2. Traumatisme crânien et Alzheimer : les microglies au cœur d’un mécanisme commun
Les vaisseaux sanguins du cerveau jouent un rôle essentiel dans son bon fonctionnement, mais leur implication dans les maladies neurologiques, dont les maladies neurocognitives, reste encore mal comprise. Des équipes de recherche en Suède ont comparé l’activité des cellules des vaisseaux sanguins et des microglies, les cellules immunitaires du cerveau, dans des modèles de maladie d’Alzheimer, de traumatisme crânien et de CADASIL, une maladie génétique des petits vaisseaux cérébraux.
Grâce à l’analyse de plus de 235 000 cellules, ils ont identifié deux nouveaux types de cellules vasculaires et affiné la cartographique des cellules qui composent les vaisseaux sanguins. De façon inattendue, les cellules des vaisseaux présentaient peu de modifications dans les trois maladies étudiées. En revanche, les microglies montraient des changements importants et propres à chaque maladie. Les chercheurs ont également observé que, plusieurs semaines après un traumatisme crânien, les microglies présentaient un profil d’activité de plus en plus proche de celui observé dans la maladie d’Alzheimer.
Ce résultat apporte de nouveaux éléments pour comprendre pourquoi un traumatisme crânien peut augmenter le risque de développer une maladie neurocognitive. Ainsi, la prévention des traumatismes crâniens reste un sujet majeur dans la prévention des maladies neurocognitives.
3. APOE4 modifierait le fonctionnement énergétique du cerveau avant l’apparition des lésions Alzheimer
Le gène APOE (Apolipoprotéine EProtéine qui transporte des lipides (gras), notamment le cholestérol, vers les neurones du cerveau pour les nourrir.) est le principal facteur de risque génétique connu de la maladie d’Alzheimer. Parmi ses différentes formes, l’APOE4 est associée à un risque plus élevé de développer la maladie. Dans cette étude américaine, les chercheurs ont exploré son effet sur le métabolisme cérébral, c’est-à-dire la façon dont les cellules du cerveau produisent et utilisent leur énergie.
Chez de jeunes souris porteuses d’APOE4, ainsi que dans des cellules humaines cultivées en laboratoire, ils ont observé des signes précoces de stress métabolique, en l’absence de plaques amyloïdesAccumulation de protéines Bêta-amyloïde dans le cerveau, qui, au lieu d’être éliminées naturellement par le corps, restent, se regroupent et forment des… et d’enchevêtrements de protéine tau, les deux principales lésions caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Les mitochondries, ces structures qui fournissent l’énergie aux cellules, fonctionnaient moins efficacement, conduisant les cellules à utiliser davantage un mode alternatif de production d’énergie, appelé glycolyse. Ces perturbations s’accompagnaient également de modifications susceptibles de favoriser une réponse inflammatoire dans le cerveau.
Les résultats de ces travaux suggèrent que le variant d’APOE4 pourrait modifier le fonctionnement énergétique des cellules cérébrales bien avant l’apparition des premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer, indépendamment des lésions caractéristiques de la maladie. Des études complémentaires seront toutefois nécessaires pour déterminer si ces altérations pourraient constituer une cible pour de futures stratégies de prévention.
4. Un nouveau gène associé à l’accumulation cérébrale de tau
Les recherches génétiques sur la maladie d’Alzheimer se sont longtemps concentrées sur la protéineÉlément biologique composée de petites molécules, appelées acides aminés, présent dans les cellules de tous les êtres vivants et dont le rôle… amyloïde, qui forme des dépôts dans le cerveau, mais le rôle de la protéine tau, une autre protéine impliquée dans la maladie, reste moins étudié.
Des équipes ont récemment analysé les variations génétiques de plusieurs milliers de personnes afin d’identifier des gènes associés à l’accumulation de la protéine tau dans le cerveau. Ils ont découvert un lien particulier avec le gèneMorceau d’ADN qui contient les informations nécessaires pour produire une protéine ou un peptide. JARID2, qui pourrait influencer les mécanismes responsables des anomalies de la protéine tau. Les chercheurs ont également identifié un autre gène, ISX, potentiellement impliqué dans ces processus. Les analyses approfondies suggèrent que les facteurs génétiques liés à la protéine tau ne se superposent pas complètement à ceux liés à la protéine amyloïde. Cela indique donc que ces deux protéines pourraient contribuer à la maladie d’Alzheimer par des mécanismes en partie différents.
Ces résultats novateurs améliorent la compréhension des étapes biologiques de la maladie d’Alzheimer et pourraient aider à identifier de nouvelles pistes de recherche sur la protéine tauProtéine située à l’intérieur des neurones et qui permet de maintenir, de stabiliser le squelette de celui-ci.. Des études supplémentaires seront nécessaires pour confirmer le rôle exact de ces gènes.
/ En bref : ce qu’il faut retenir
1️⃣ Des neurones aux caractéristiques « jeunes » pourraient contribuer à préserver les capacités cognitives chez certaines personnes malgré la présence de lésions de la maladie d’Alzheimer.
2️⃣ Après un traumatisme crânien, les cellules immunitaires du cerveau évoluent progressivement vers un profil proche de celui observé dans la maladie d’Alzheimer, renforçant l’importance de la prévention.
3️⃣ Le variant génétique APOE4 pourrait modifier le fonctionnement énergétique des cellules cérébrales bien avant l’apparition des premières lésions caractéristiques de la maladie.
4️⃣ Un gène associé à l’accumulation de la protéine tau apporte de nouvelles informations sur les mécanismes biologiques impliqués dans la maladie d’Alzheimer.
/ Rendez-vous le 1er dimanche de chaque mois
La recherche continue d’améliorer notre compréhension des maladies neurocognitives. Mois après mois, les découvertes scientifiques permettent de mieux comprendre les mécanismes de la maladie d’Alzheimer et d’explorer de nouvelles pistes pour le diagnostic, la prévention et les traitements. La Fondation Alzheimer continuera de suivre ces avancées et de les décrypter pour vous.
Rendez-vous le premier dimanche du mois prochain pour une nouvelle Minute Cerveau & Recherche.

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