Minute Cerveau & Recherche – épisode 42

L’été touche doucement à sa fin. Après quelques semaines où le rythme ralentit et où l’on s’accorde parfois un peu plus de temps pour soi, septembre marque le retour progressif à nos habitudes… et en particulier à celle de la Minute Cerveau & Recherche.

La recherche en revanche ne s’est pas arrêtée cet été. De nouvelles études ont permis de faire avancer les connaissances sur la maladie d’Alzheimer, les maladies neurocognitives, mais aussi sur les moyens de préserver notre santé en vieillissant.

Pour ce nouvel épisode, nous avons sélectionné quatre travaux publiés récemment, autour de la génétique, de l’identification du risque, de la prévention et de l’activité physique.

/ Les actualités scientifiques du mois d’aout 2026

Voici ce qu’il faut retenir de l’actualité scientifique de ces dernières semaines.

La génétique joue un rôle important dans le risque de développer la maladie d’Alzheimer. Mais les variations génétiques impliquées et leur influence peuvent différer selon les populations.

Pour mieux comprendre cette diversité, des équipes scientifiques ont développé un « score de risque polygénique » (PRS), qui combine les effets de nombreuses variations génétiques afin d’évaluer la prédisposition à la maladie d’Alzheimer.

Contrairement à d’autres méthodes d’analyses, celui-ci a été conçu à partir de données provenant de plusieurs populations d’origines génétiques différentes. Les chercheurs ont également choisi d’exclure du score la région du gèneMorceau d’ADN qui contient les informations nécessaires pour produire une protéine ou un peptide. de l’APOE, principal facteur de risque génétique connu de la maladie.

Le score a été associé au risque de maladie d’Alzheimer dans plusieurs groupes, notamment d’ascendance européenne, africaine et hispanique. Un score génétique plus élevé était associé à de moins bonnes performances de mémoire, de langage et de fonctions exécutivesCe sont nos capacités à planifier, à contrôler ce que l’on fait ou dit et à s’adapter aux situations., qui permettent notamment de planifier et de résoudre des problèmes.

Les chercheurs ont observé un lien avec plusieurs marqueurs cérébraux de la maladie, comme la présence de lésions caractéristiques d’Alzheimer et un volume plus faible de l’hippocampePetite région du cerveau située dans les lobes temporaux et responsable de la mémoire et de l’apprentissage., une région importante pour la mémoire. Le score était également associé à des taux plus faibles d’amyloïde et plus élevés de protéines tau dans le liquide céphalorachidien.

Ces résultats montrent l’intérêt de prendre en compte la diversité génétique des populations pour mieux étudier le risque de maladie d’Alzheimer. À terme, ces scores pourraient être associés à d’autres informations médicales et biologiques afin de mieux comprendre et évaluer le risque individuel, mais leur utilisation reste aujourd’hui du domaine de la recherche.

Identifier suffisamment tôt les personnes qui présentent un risque élevé de maladies neurocognitives représente un enjeu important pour mieux cibler les stratégies de prévention et agir au moment le plus opportun.

Dans cette étude récente, les chercheurs ont développé un outil permettant d’estimer ce risque chez des personnes âgées de 65 ans, sans avoir recours à des analyses biologiques ou à l’imagerie. Pour le concevoir et le tester, ils se sont appuyés sur les données médicales de plus de 76 000 personnes au Royaume-Uni et en France, notamment leurs diagnostics, leurs traitements et certaines caractéristiques de santé. À partir de ces informations, l’algorithme combine différents éléments, comme le sexe, l’indice de masse corporelle, le nombre d’autres maladies et certaines catégories de médicaments. Il permet d’estimer le risque de développer une maladie d’Alzheimer ou une autre forme de maladie neurocognitive dans les 2, 5 ou 10 années suivantes.

Parmi les 1 % de personnes présentant les risques estimés les plus élevés, environ 17 à 18 % ont développé une maladie neurocognitive au cours de la période étudiée. Cette proportion était nettement supérieure à celle observée dans l’ensemble de la population étudiée.

L’intérêt de cet outil repose sur l’utilisation des informations déjà disponibles dans les dossiers médicaux. Il pourrait ainsi constituer une première étape pour identifier les personnes nécessitant une évaluation plus approfondie, sans recourir d’emblée à des examens plus complexes.

Ces résultats ouvrent une piste intéressante pour mieux identifier les personnes à risque et faciliter leur recrutement dans des programmes de recherche sur la prévention ou les traitements. Des études complémentaires restent toutefois nécessaires avant d’envisager une utilisation de cet outil en pratique clinique, ainsi que des moyens de lutte efficace contre les maladies neurocognitives.

Avec l’âge, les muscles perdent progressivement de leur force et de leur puissance, ce qui peut augmenter le risque de chutes et de perte d’autonomie. L’activité physique adaptée et régulière est connue pour limiter ces effets, mais il n’est pas toujours facile de se rendre régulièrement à des séances encadrées.

Des chercheurs ont donc évalué un programme d’activité physique adaptée réalisé entièrement à distance, pendant 12 semaines. Cinquante personnes âgées d’environ 73 ans ont participé à l’étude : 36 ont suivi le programme et 14 ont constitué un groupe de comparaison. Les séances, encadrées par un professionnel deux fois par semaine, associaient notamment renforcement musculaire, exercices d’équilibre, activité aérobie et souplesse.

Après trois mois, les participants ayant suivi le programme présentaient une amélioration de plusieurs capacités physiques, notamment de la puissance musculaire des membres inférieurs et de la mobilité. Leur score global de performances physiques s’était également amélioré par rapport au groupe de comparaison.

Les chercheurs ont aussi observé une évolution favorable du niveau de fragilité : parmi les personnes considérées comme fragiles au début du programme, aucun ne l’était encore après trois mois.  Ce résultat doit toutefois être interprété avec prudence, notamment en raison du faible nombre de participants et d’une amélioration également observée dans le groupe de comparaison

La participation au programme a été élevée et aucun événement indésirable n’a été rapporté. Si la visioconférence ne permet pas de proposer certains exercices nécessitant des charges importantes ou présentant davantage de risques pour l’équilibre, elle pourrait cependant représenter une solution accessible pour permettre à davantage de personnes âgées de bénéficier d’une activité physique adaptée et encadrée.

Ces résultats sont encourageants et suggèrent qu’un programme d’activité physique adaptée, même suivi à distance, peut contribuer au maintien des capacités physiques et de l’autonomie en vieillissant. Des études plus larges seront toutefois nécessaires pour confirmer ces résultats.

Le risque de développer une maladie d’Alzheimer ou une autre forme de maladies neurocognitives dépend de nombreux facteurs. Certains sont génétiques, tandis que d’autres sont liés à notre santé, notre environnement ou à notre mode de vie. Pour mieux tenir compte de cette diversité, des chercheurs proposent une nouvelle approche permettant de combiner ces différentes informations.

Baptisée GEDRA, pour Genetic-Exposome Dementia Risk Assessments, elle associerait plusieurs éléments : certaines caractéristique génétiques, les antécédents familiaux, mais aussi des facteurs environnementaux et liés au mode de vie. L’objectif serait d’obtenir une estimation plus personnalisée du risque de développer une maladie neurocognitive

L’intérêt de cette approche est justement de ne pas considérer la génétique comme une fatalité. Les auteurs rappellent qu’il existe également des facteurs sur lesquels il est parfois possible d’agir, comme l’activité physique, l’alimentation ou encore la santé cardiovasculaire. Les données génétiques pourraient ainsi être associées à ces facteurs modifiables afin de mieux personnaliser les stratégies de prévention.

Mais plusieurs défis restent à relever avant d’envisager une utilisation en pratique clinique. Ces modèles doivent notamment être validés auprès de populations les plus diverses afin de ne pas accentuer les inégalités de santé. La communication du risque génétique devra également être claire et accompagnée, afin d’éviter aussi bien une inquiétude excessive qu’un faux sentiment de sécurité. Il faudra également, compte tenu de l’avancée des traitements pouvoir anticiper les réponses à apporter selon les niveaux de risque estimés.

Les GEDRA représentent donc pour l’instant une piste de recherche vers une prévention plus personnalisée de la maladie d’Alzheimer et des autres maladies neurocognitives. Leur développement pourrait, à terme, permettre de mieux identifier les risques propres à chacun et d’agir plus tôt sur ceux qu’il est possible de modifier et d’anticiper l’utilisation précoce de traitements lorsqu’ils seront disponibles.

/ A retenir en bref

  • La génétique ne raconte jamais toute l’histoire. De nouveaux scores cherchent à mieux prendre en compte la diversité génétique des populations afin d’affiner notre compréhension du risque de maladie d’Alzheimer.
  • Les données médicales courantes pourraient aider à repérer plus tôt certaines personnes à risque. À partir d’informations déjà présentes dans les dossiers médicaux, un algorithme pourrait contribuer à identifier les personnes nécessitant une surveillance plus approfondie.
  • Bouger reste essentiel, même suivi à distance. Un programme d’activité physique adaptée suivi en visioconférence a permis d’améliorer plusieurs capacités physiques chez des personnes âgées, avec des résultats encourageants pour le maintien de l’autonomie.
  • Prévenir de manière plus personnalisée est une piste de recherche qui se cherche. En combinant génétique, antécédents familiaux, environnement et mode de vie, les futurs outils GEDRA pourraient permettre de mieux identifier les facteurs de risque propres à chacun et ceux sur lesquels il est possible d’agir.

/ Conclusion

Ces quatre travaux nous rappellent surtout que le risque de développer une maladie neurocognitive ne se résume pas à un seul facteur. Notre patrimoine génétique compte, mais il s’inscrit dans une histoire beaucoup plus large, faite de questions de santé, d’environnement, de comportements et d’expériences tout au long de la vie.

Les médecins cherchent désormais à mieux comprendre la manière dont tous ces facteurs interagissent, avec un objectif : identifier plus précisément les personnes à risque et, lorsque cela est possible, proposer une prévention plus précoce et mieux adaptée à chacun, voir des traitements lorsqu’ils seront disponibles.

Les outils présentés dans cet épisode sont encore, pour la plupart, au stade de la recherche. Mais ils témoignent d’une évolution importante : mieux connaître les facteurs de risque ne doit pas servir à prédire un avenir individuel, mais à ouvrir de nouvelles possibilités pour préserver la santé cérébrale.

/ Prochain rendez-vous

La Minute Cerveau & Recherche prend désormais rendez-vous avec vous le premier dimanche de chaque mois.

Nous nous retrouverons donc dimanche 4 octobre 2026 pour un nouvel épisode et quatre nouvelles actualités scientifiques consacrées au cerveau, à la maladie d’Alzheimer et aux maladies neurocognitives.

D’ici là, prenez soin de vous… et de votre cerveau !

Télécharger
Partager sur :

/ Vous aimerez aussi

Newsletter

Je souhaite recevoir toutes les dernières actualités