Notre intestin abrite des milliards de micro-organismes qui forment ce que l’on appelle le microbiote intestinal. Essentiel à notre santé, il participe notamment à la digestion et au bon fonctionnement du système immunitaire. Les scientifiques cherchent désormais à mieux comprendre son influence sur le cerveau et son rôle dans certaines maladies neurocognitives, dont la maladie d’Alzheimer.
Dans une étude publiée en 2026 dans npj Dementia, une équipe de chercheurs s’est intéressée à certaines protéines produites par des bactéries intestinales. Leurs travaux montrent que ces protéines sont capables d’amplifier la réaction inflammatoire des cellules immunitaires du cerveau face à la protéineÉlément biologique composée de petites molécules, appelées acides aminés, présent dans les cellules de tous les êtres vivants et dont le rôle… bêta amyloïde, l’une des principales caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Ces résultats apportent de nouvelles informations sur les mécanismes de la maladie. Ils devront toutefois être confirmés par d’autres travaux avant de pouvoir être transposés à l’être humain.

/ Qu’est-ce que le microbiote intestinal ?
Le microbiote intestinal correspond à l’ensemble des bactéries, virus, champignons et autres micro-organismes qui vivent naturellement dans notre intestin. Chaque personne possède un microbiote qui lui est propre, composé de plusieurs milliers d’espèces différentes.
Loin d’être de simples habitants de notre tube digestif, ces micro-organismes remplissent de nombreuses fonctions. Ils participent à la digestion de certains aliments, à la production de vitamines, à la protection contre certains microbes et au bon fonctionnement du système immunitaire.
Lorsque cet équilibre est perturbé, on parle de dysbiose. Les chercheurs cherchent aujourd’hui à comprendre si ces déséquilibres pourraient également avoir des conséquences sur la santé du cerveau.
/ Un dialogue permanent entre l’intestin et le cerveau
L’intestin et le cerveau communiquent en permanence. Ce dialogue, appelé axe intestin cerveau, fait intervenir le système immunitaire, le système nerveux, certaines hormones ainsi que de nombreuses molécules produites par le microbiote.
Ces échanges permettent au cerveau et à l’intestin d’influencer mutuellement leur fonctionnement. Avec l’avancée en âge ou dans certaines maladies, cet équilibre pourrait être modifié et favoriser des phénomènes inflammatoires susceptibles d’affecter le cerveau.
/ Que montre cette nouvelle étude ?
Les chercheurs se sont intéressés à deux bactéries que l’on peut retrouver dans l’intestin : Escherichia coli et Pseudomonas aeruginosa. Ces bactéries produisent des protéines particulières, appelées amyloïdes bactériennes, qui présentent certaines similitudes de structure avec la protéine bêta amyloïde impliquée dans la maladie d’Alzheimer.
Grâce à des expériences menées sur des cellules humaines, des organoïdes cérébraux et un modèle animal, les chercheurs ont observé que ces protéines bactériennes pouvaient être captées par les microglies, les cellules immunitaires du cerveau. Lorsque ces cellules rencontraient ensuite la protéine bêta amyloïde, leur réaction inflammatoire était beaucoup plus importante.
Les microglies accumulaient simultanément les protéines bactériennes et la protéine bêta amyloïde. Cette accumulation favorisait l’activation de mécanismes inflammatoires, la production de molécules pro inflammatoires et un stress oxydant plus important. Les chercheurs ont également observé des signes de souffrance des neurones dans les organoïdes cérébraux ainsi qu’une diminution des capacités de mémoire et de locomotion chez les animaux étudiés.
/ Quel rôle jouent les microglies ?
Les microglies sont les principales cellules immunitaires du cerveau. Elles assurent une mission essentielle : surveiller leur environnement, éliminer les débris cellulaires et protéger les neurones contre les agressions.
Dans la maladie d’Alzheimer, ces cellules jouent un rôle complexe. Si elles contribuent normalement à éliminer les dépôts de protéine bêta amyloïde, leur activation excessive peut également entretenir une inflammation chronique susceptible de favoriser la progression de la maladie.
Cette étude montre que certaines protéines produites par des bactéries intestinales pourraient amplifier cette réponse inflammatoire.
/ Le microbiote peut-il provoquer la maladie d’Alzheimer ?
À ce stade, la réponse est non. Cette étude ne montre pas que le microbiote intestinal est responsable de la maladie d’Alzheimer. Elle met en évidence un mécanisme biologique qui pourrait participer aux phénomènes inflammatoires observés dans la maladie.
Les chercheurs soulignent également qu’il n’existe pas, à ce jour, de preuve montrant que ces protéines bactériennes passent naturellement de l’intestin jusqu’au cerveau chez l’être humain. Les résultats ont été obtenus dans des modèles expérimentaux, indispensables pour comprendre les mécanismes de la maladie, mais qui ne reproduisent pas totalement la complexité du cerveau humain.
/ Une nouvelle piste de recherche
Ces travaux renforcent l’idée que les interactions entre l’intestin, le système immunitaire et le cerveau pourraient jouer un rôle dans la maladie d’Alzheimer.
Ils ouvrent de nouvelles perspectives pour mieux comprendre les mécanismes de la neuroinflammationInflammation dans le cerveau due au fait que des cellules, chargées de nettoyer le cerveau de l’accumulation des protéines anormales, deviennent trop… et identifier, à plus long terme, de nouvelles pistes thérapeutiques. En revanche, il est encore beaucoup trop tôt pour conclure qu’un régime alimentaire particulier, des probiotiques ou d’autres interventions sur le microbiote permettent de prévenir ou de traiter la maladie d’Alzheimer.
/ À retenir
- Le microbiote intestinal est l’ensemble des micro-organismes qui vivent naturellement dans notre intestin.
- Il communique avec le cerveau par l’intermédiaire de l’axe intestin cerveau.
- Cette étude montre que certaines protéines produites par des bactéries intestinales peuvent amplifier la réponse inflammatoire des microglies face à la protéine bêta amyloïde.
- Ces résultats ont été obtenus dans des modèles expérimentaux et devront être confirmés chez l’être humain.
- Ils ouvrent une nouvelle piste pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la maladie d’Alzheimer.
La Fondation Alzheimer s’est engagée depuis plusieurs années dans ce domaine en soutenant les travaux du Dr. Slavica Krantic (Prix Desmarest 2020). Le Dr. Krantic s’intéresse notamment aux effets de la perturbation précoce du microbiote sur le fonctionnement des synapses, la neuro-inflammation et les troubles cognitifs.

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