L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vient de publier de nouvelles lignes directrices consacrées à la réduction du risque de déclin cognitif et de maladies neurocognitives. Cette deuxième édition actualise les recommandations publiées en 2019 à la lumière des connaissances scientifiques acquises ces dernières années.[1]
Parmi les principaux enseignements, un chiffre retient particulièrement l’attention : jusqu’à 45 % du risque de maladies neurocognitives pourrait être attribué à des facteurs de risque modifiables. Tabagisme, consommation d’alcool, isolement social, inactivité physique, pollution de l’air, hypertension ou encore diabète font partie des facteurs sur lesquels il est possible d’agir. [2]
Une donnée encourageante, qui ne signifie toutefois pas que toutes les maladies neurocognitives pourraient être évitées. Elle rappelle surtout qu’en matière de santé cérébrale, la prévention a toute sa place, et ce tout au long de la vie.

/ Agir tout au long de la vie
Les maladies neurocognitives ne sont pas une conséquence inévitable du vieillissement. Leur apparition résulte de mécanismes complexes, dans lesquels interviennent notamment des facteurs génétiques, biologiques, environnementaux et liés au mode de vie.
Les nouvelles recommandations de l’OMS s’inscrivent dans une approche de prévention tout au long de la vie. En effet, l’exposition à certains facteurs de risque peut s’accumuler au fil des années et leur influence peut varier selon les périodes de l’existence.
Agir sur sa santé cérébrale ne concerne donc pas uniquement les personnes âgées. D’autant que plusieurs facteurs associés au risque de maladie neurocognitive sont également impliqués dans d’autres maladies chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires et le diabète.[1]
/ Bouger régulièrement
L’activité physique régulière occupe une place importante dans les recommandations de l’OMS. Elle est fortement recommandée chez les adultes ayant des fonctions cognitivesCe sont nos capacités à interagir avec notre environnement, à mémoriser, apprendre, communiquer et effectuer n’importe quelle tâche du quotidien. préservées afin de réduire le risque de déclin cognitif. Elle peut également être recommandée aux personnes présentant un trouble cognitif léger, bien que le niveau de preuve concernant son efficacité sur le risque de déclin cognitif soit plus faible.
Attention, il ne s’agit pas nécessairement de pratiquer un sport de manière intensive. Marcher, se déplacer à vélo, jardiner ou pratiquer une activité physique adaptée à ses capacités sont autant de façons de rester actif et de limiter la sédentarité.
/ Stimuler son cerveau et préserver les liens sociaux
Lire, apprendre, jouer, échanger avec les autres… Les activités intellectuelles et sociales occupent elles aussi une place majeure dans les nouvelles recommandations.
L’OMS distingue notamment l’entraînement cognitif, qui repose sur des exercices ciblés et répétés sollicitant certaines fonctions cognitives, de la stimulation cognitiveMéthode qui consiste à améliorer les capacités mentales d’une personne et conserver ses liens sociaux grâce à de nombreuses activités impliquant les…, qui englobe des activités plus larges comme participer à un atelier de lecture, de jeux ou à une activité culturelle en groupe.
L’entraînement cognitif peut être proposé aux personnes âgées ayant une cognition normale ou présentant un trouble cognitifDésigne un groupe de symptômes qui touchent le cerveau et qui altèrent nos capacités intellectuelles, à savoir la mémoire, le langage, l’apprentissage… léger. La stimulation cognitive peut également être encouragée, tout comme la participation à des activités sociales.
Les données scientifiques disponibles restent encore limitées pour mesurer précisément l’effet de certaines de ces interventions sur le risque de maladie neurocognitive. Elles s’inscrivent donc dans une approche globale de la santé cérébrale, associant plusieurs facteurs complémentaires.
/ Prendre soin de sa santé cardiovasculaire et métabolique
Prendre soin de son cœur, c’est aussi prendre soin de son cerveau. Plusieurs facteurs cardiovasculaires et métaboliques sont en effet associés au risque de déclin cognitif et de maladie neurocognitive.
Les nouvelles lignes directrices de l’OMS intègrent notamment la prise en charge de l’hypertension artérielle, du diabète et de l’hypercholestérolémie dans les stratégies efficaces permettant de réduire ce risque.
Le surpoids et l’obésité sont également pris en compte. Des interventions visant à les réduire, notamment dès le milieu de la vie, peuvent être proposées dans une démarche de réduction du risque de déclin cognitif ou de maladie neurocognitive.
Ces recommandations soulignent plus largement l’importance d’un suivi médical régulier et d’une prise en charge adaptée des facteurs de risque individuels lorsqu’ils sont identifiés.
/ Protéger son audition

La perte auditive fait également partie des facteurs associés au risque de déclin cognitif et de maladie neurocognitive. L’OMS indique que des aides auditives peuvent être proposées aux adultes présentant une perte auditive dans le cadre d’une stratégie de réduction des risques.
Faire contrôler son audition lorsqu’une baisse ou difficulté est ressentie et bénéficier, si nécessaire, d’une prise en charge adaptée participe donc plus largement au maintien d’une bonne santé au cours du vieillissement. Cela peut aussi limiter l’isolement social.
/ Ne pas fumer et réduire sa consommation d’alcool
Concernant le tabac, les recommandations sont claires : des interventions d’aide au sevrage doivent être proposées aux adultes qui fument afin de contribuer à réduire le risque de déclin cognitif et de maladie neurocognitive.
Pour l’alcool, l’OMS précise qu’aucune quantité précise ne doit être recommandée dans l’objectif d’obtenir un bénéfice pour la santé cérébrale. Autrement dit, il ne s’agit pas de conseiller une consommation, même modérée, dans l’espoir de protéger son cerveau. Chez les personnes ayant une consommation dangereuse ou nocive, des interventions visant à la réduire ou à l’arrêter peuvent être proposées.
/ Privilégier une alimentation équilibrée aux compléments alimentaires

Une alimentation saine, équilibrée et diversifiée peut être recommandée dans une démarche de réduction du risque de déclin cognitif et de maladie neurocognitive.
En revanche, les compléments alimentaires ne constituent pas une stratégie recommandée pour prévenir les maladies neurocognitives. En l’absence de carence diagnostiquée par un médecin, l’OMS ne recommande pas la supplémentation en vitamines B et E, en oméga-3, en acides gras polyinsaturés ou en multivitamines et minéraux dans le seul objectif de réduire le risque de déclin cognitif ou de maladie neurocognitive.[1]
Une précision importante alors que de nombreux produits peuvent être présentés comme susceptibles de « protéger » le cerveau.
/ La pollution de l’air désormais intégrée aux recommandations
C’est l’une des nouveautés de cette édition 2026 : la pollution de l’air fait désormais l’objet de recommandations spécifiques.
Selon l’OMS, réduire l’exposition à la pollution atmosphérique extérieure, notamment aux particules fines PM2,5, ainsi qu’à la pollution de l’air intérieur pourrait contribuer à réduire le risque ou l’incidence du déclin cognitif et des maladies neurocognitives.
Les données disponibles sur le lien entre réduction de l’exposition à la pollution et diminution du risque de maladie neurocognitive doivent encore être consolidées. C’est pourquoi l’OMS formule à ce stade une recommandation conditionnelle. Cela signifie que les données sont encourageantes, mais encore insuffisantes pour établir avec certitude l’ampleur du bénéfice sur le risque de maladie neurocognitive.
Cette nouveauté rappelle surtout une dimension essentielle de la prévention : tout ne dépend pas des comportements individuels. Notre environnement, nos conditions de vie, notre accès aux soins ou encore notre situation sociale influencent aussi notre santé et notre capacité à agir sur certains facteurs de risque.
/ Agir sur plusieurs facteurs plutôt que chercher une solution unique
Il n’existe pas un comportement ou une intervention capable, à lui ou à elle seul, de prévenir la maladie d’Alzheimer ou les autres maladies neurocognitives.
Les facteurs de risque sont nombreux et peuvent se cumuler au cours de la vie. C’est pourquoi l’OMS recommande également des interventions multidomaines personnalisées, c’est-à-dire des stratégies permettant d’agir simultanément sur plusieurs facteurs en fonction des besoins de chaque personne.
Elles peuvent par exemple associer activité physique régulière, alimentation équilibrée, entraînement cognitif, activités sociales, prise en charge des facteurs cardiovasculaires et métaboliques ou arrêt du tabac.
Cette approche globale est particulièrement intéressante : les interventions multidomaines font partie des stratégies pour lesquelles les données scientifiques sont aujourd’hui les plus solides. [1]
/ Que signifie réellement le chiffre de 45 % ?
Ce chiffre doit être interprété avec précaution.
Dire que jusqu’à 45 % du risque de maladies neurocognitives est attribuable à des facteurs modifiables ne signifie pas que 45 % des personnes pourraient éviter la maladie en changeant leurs habitudes de vie. Cela ne signifie pas non plus qu’une personne qui suit l’ensemble de ces recommandations est assurée de ne jamais développer une maladie neurocognitive.
Cela signifie que si on pouvait totalement éliminer de la population la liste des facteurs de risque modifiable identifié, le nombre de cas pourrait être réduit de 45% dans l’ensemble de la population. C’est un calcul théorique qui a pour objectif de montrer l’importance et l’impact de la prévention dans la lutte contre les maladies neurocognitives.
La maladie d’Alzheimer et les autres maladies neurocognitives sont multifactorielles. Certains facteurs de risque ne sont pas modifiables et leur poids varie d’une personne à l’autre.
Les connaissances scientifiques doivent par ailleurs continuer à progresser. Les études disponibles ont aussi certaines limites : durées de suivi parfois courtes, nombre limité d’essais cliniques ou encore données provenant majoritairement de pays à revenu élevé. [1]
La prévention doit donc être comprise pour ce qu’elle est : une possibilité de réduire le risque, et non une garantie de ne jamais développer la maladie.
/ Préserver sa santé cérébrale tout au long de la vie
Ces nouvelles recommandations renforcent un changement de perspective important : prendre soin de son cerveau ne commence pas à l’apparition des premiers troubles de mémoire.
Bouger régulièrement, ne pas fumer, réduire sa consommation d’alcool, préserver ses liens sociaux, stimuler ses capacités cognitives, adopter une alimentation équilibrée, surveiller sa santé cardiovasculaire et métabolique ou encore prendre en charge une perte auditive sont autant d’actions qui participent plus largement à une bonne santé.
Mais la prévention ne peut pas reposer uniquement sur les individus. Certains facteurs dépendent aussi de notre environnement et de nos conditions de vie. La réduction du risque de maladies neurocognitives nécessite donc d’associer prévention individuelle, politiques de santé publique et poursuite de la recherche.
Mieux comprendre les facteurs de risque et les mécanismes impliqués dans le développement de la maladie reste en effet indispensable pour améliorer demain sa prévention, son diagnostic et sa prise en charge.
Références :
[1] Organisation mondiale de la Santé. Risk reduction of cognitive decline and dementia: WHO guidelines, second edition. Genève : Organisation mondiale de la Santé, 2026. https://www.who.int/publications/i/item/9789240123557
[2] Organisation mondiale de la Santé. Nouvelles lignes directrices de l’OMS : jusqu’à 45 % du risque de démence pourrait être évité ou retardé. Communiqué de presse, 15 juillet 2026. https://www.who.int/fr/news/item/15-07-2026-new-who-guidelines–up-to-45–of-dementia-risk-could-be-prevented-or-delayed

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