Cancer de la vessie : pourquoi le traitement par BCG intéresse-t-il la recherche sur Alzheimer ?

Et si un traitement utilisé depuis plusieurs décennies contre certains cancers de la vessie pouvait apporter de nouvelles pistes pour comprendre la maladie d’Alzheimer ?

Depuis plusieurs années, des études observationnelles ont démontré un constat étonnant : les personnes atteintes d’un cancer de la vessie ayant reçu une immunothérapie par BCG semblent présenter un risque plus faible de développer la maladie d’Alzheimer que celles n’ayant pas bénéficié de ce traitement.

Mais comment expliquer cette association ? Une nouvelle étude publiée en 2026 dans la revue Communications Medicine apporte de premiers éléments de réponse. Des chercheurs ont étudié les effets du BCG sur le système immunitaire de personnes âgées, avec ou sans marqueurs biologiques associés à la maladie d’Alzheimer. Leurs résultats suggèrent que le BCG pourrait modifier durablement certaines réponses immunitaires, y compris au niveau du système nerveux central.

/ Le BCG, bien plus qu’un vaccin contre la tuberculose

Le BCG, pour Bacille de Calmette et Guérin, est principalement connu comme vaccin contre la tuberculose. Mais il est également utilisé comme immunothérapie dans le traitement de certains cancers de la vessie.

Sa particularité ? Le BCG provoque ce que les scientifiques appellent une « immunité entraînée ». Contrairement à la mémoire immunitaire classique, ce phénomène concerne le système immunitaire inné : après avoir rencontré le BCG, certaines cellules immunitaires sont en quelque sorte reprogrammées et peuvent réagir différemment lors de stimulations ultérieures de nature variée.

C’est cette propriété qui intéresse aujourd’hui les chercheurs travaillant sur Alzheimer.

/ Quel lien avec la maladie d’Alzheimer ?

Avec l’âge, notre système immunitaire se transforme. Une inflammation chronique de faible intensité peut notamment s’installer, un phénomène parfois appelé « inflammaging ». Or, la neuroinflammationInflammation dans le cerveau due au fait que des cellules, chargées de nettoyer le cerveau de l’accumulation des protéines anormales, deviennent trop…, l’inflammaging de notre cerveau, et les dérèglements du système immunitaire font partie des mécanismes étudiés dans la maladie d’Alzheimer.

Les chercheurs ont donc voulu savoir si l’effet du BCG sur l’immunité pouvait dépasser le système immunitaire périphérique et être également observé au niveau du cerveau.

Pour cela, ils ont suivi pendant un an 23 participants âgés de 55 ans ou plus, avec ou sans marqueurs biologiques associés à Alzheimer. Tous ont reçu deux injections de BCG à un mois d’intervalle. Des analyses de sang et de liquide cérébrospinalLiquide dans lequel baignent le cerveau et la moelle épinière. Comme une enveloppe, il protège des chocs qui risqueraient d’abîmer le cerveau… ont ensuite permis d’étudier l’évolution de leur réponse immunitaire et de différents biomarqueurs.

Pour mieux comprendre cela, retrouvez l’interview du Professeur Philippe Amouyel, le 21 septembre 2026 pour TV5 Monde :

/ Des premiers résultats encourageants, mais très préliminaires

Après l’administration du BCG, les chercheurs ont observé des modifications durables de l’activité de certaines cellules immunitaires présentes dans le liquide cérébrospinal des sujets avec des marqueurs biologiques de maladie d’Alzheimer. Ces résultats suggèrent qu’une forme d’immunité entraînée pourrait également se développer au niveau du système nerveux central.

Chez les participants ne présentant pas de marqueurs biologiques associés à Alzheimer, les chercheurs ont également constaté des modifications des taux de bêta-amyloïdePetite protéine présente dans le cerveau, provenant du clivage d’une grande protéine appelée APP. dans le liquide cérébrospinal et dans le sang.

Ces observations offrent ainsi une première piste biologique susceptible d’aider à comprendre pourquoi les patients traités par BCG pour un cancer de la vessie semblent, dans certaines études, présenter moins de cas de maladie d’Alzheimer.

Mais elles ne démontrent pas que le BCG prévient ou traite directement la maladie d’Alzheimer.

L’étude est exploratoire, observationnelle sans groupe contrôle, et ne porte que sur 23 participants. Les auteurs insistent eux-mêmes sur la nécessité de mener des essais contrôlés de plus grande ampleur avant de pouvoir confirmer ces résultats.

/ Une nouvelle piste pour comprendre le rôle de l’immunité

Cette étude ne fait donc pas du BCG un nouveau traitement contre Alzheimer. Elle apporte en revanche de nouveaux éléments sur les liens entre vieillissement du système immunitaire, inflammation et maladie d’Alzheimer.

Comprendre pourquoi une immunothérapie utilisée contre le cancer de la vessie semble associée à une diminution du risque d’Alzheimer pourrait permettre d’identifier de nouvelles voies de recherche et, à terme, de nouvelles stratégies de prévention ou de traitement.

Source : Bacillus Calmette–Guérin (BCG) immunotherapy reprograms CNS immunity and alters Alzheimer’s biomarkers: results from two open-label clinical trials. Communications Medicine, 2026.

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