Herpès : et si la maladie d’Alzheimer était d’origine virale ?

Depuis plus de 20 ans, le Professeur Ruth Itzhaki travaille sur les liens possibles entre l’infection par le virus de l’herpès et la maladie d’Alzheimer. Dans une revue de la littérature scientifique, la chercheuse apporte de nombreuses preuves pour valider cette hypothèse.

/ LE VIRUS DU BOUTON DE FIEVRE

On connaît tous dans notre entourage une personne qui voit apparaître, sur le coin de sa bouche, un bouton de fièvre lors d’une période de stress. Cette affection est causée par un virus appelé l’Herpès Simplex 1 (HSV-1), usuellement raccourci en herpès. 

Ce virus particulièrement contagieux intéresse les chercheurs spécialisés dans les maladies du cerveau et particulièrement les démences comme la maladie d’Alzheimer. En effet, de nombreuses études montrent qu’être porteur du virus HSV-1 serait un facteur de risque de développer une maladie d’Alzheimer. Sachant que 67% des personnes de moins de 50 ans sont infectées par HSV-1 dans le monde (source OMS), cette piste de recherche est un véritable enjeu de santé publique.

/ DE L’HERPES DANS LE CERVEAU

Dans les années 90, le Professeur Ruth Itzhaki de l’université de Manchester est l’une des premières personnes à croire en un lien entre Herpès et Alzheimer. Dans son étude de 1997, elle a découvert que chez des malades d’Alzheimer porteurs de la mutation génétique de l’ApoE4, le virus HSV-1 était présent dans leur cerveau dans 60% des cas. Mais ce virus connu pour « hiberner » dans le système nerveux et se réactiver plusieurs années plus tard, était également retrouvé à la même fréquence dans le cerveau de personnes sans maladie d’Alzheimer. Mais en 2007, cette même équipe a réussi à mettre en évidence la présence d’ADN viral dans les plaques amyloïdes et l’accumulation d’amyloïde et de protéine tau anormalement phosphorylée dans des cellules infectées par le virus. Bien que ces observations ne peuvent être utilisées pour établir un lien de cause à effet entre l’infection herpétique et la maladie d’Alzheimer, elles permettent de poser de nouvelles hypothèses dans la recherche d’un traitement contre la maladie.

/ UN ANTIVIRUS CONTRE LES DEMENCES ?

En effet, si le virus de l’herpès est réellement en cause dans la survenue de la maladie d’Alzheimer, alors un traitement antiviral serait la solution. Une étude taïwanaise de 2018 montre des résultats en ce sens. Ils ont comparé 8362 personnes âgées de plus de 50 ans infectées par HSV-1 avec 25000 personnes de même âge et de même sexe sans infection herpétique. Après 10 ans de suivi, les personnes infectées par HSV-1 avaient 2,5 fois plus de risque de développer une démence sénile que les personnes saines. Et parmi les personnes infectées, celles qui prenaient un traitement antiviral voyaient leur risque de démence diminuer drastiquement de 20% par rapport à celles qui n’en prenaient pas. Ces observations apportent de nouveaux éléments concrets dans la recherche de nouvelles cibles thérapeutiques contre la maladie d’Alzheimer. Et si à l’avenir, le lien entre herpès et Alzheimer était avéré, alors il serait envisageable de prévenir la maladie par l’utilisation de médicaments antiviraux et pourquoi pas protéger la population avec l’élaboration d’un vaccin.

Source : Itzhaki RF (2018) Corroboration of a Major Role for Herpes Simplex Virus Type 1 in Alzheimer’s Disease. Front. Aging Neurosci. 10:324. doi: 10.3389/fnagi.2018.00324

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